Définition La cohésion sociale correspond à la situation d'un groupe fortement solidaire et intégré; en découlent l'existence de buts communs, l'attraction des individus les uns par rapport aux autres et enfin l'attachement des individus au groupe. Cette cohésion favorise donc l' intégration des individus, c'est à dire la 403 ERROR The Amazon CloudFront distribution is configured to block access from your country. We can't connect to the server for this app or website at this time. There might be too much traffic or a configuration error. Try again later, or contact the app or website owner. If you provide content to customers through CloudFront, you can find steps to troubleshoot and help prevent this error by reviewing the CloudFront documentation. Generated by cloudfront CloudFront Request ID MyPmfp8kCEs7xuXCfLThGtFnvG3rprD-hcVRhWiAttMJDaAkD1TyKA==
desécosystèmes, de santé publique, de développement économique et de cohésion sociale. Le déséquilibre de certains écosystèmes dû à la déforestation ou l’élevage intensif a favorisé la transmission des zoonoses à l’Homme. La crise sanitaire a provoqué la crise économique et amplifié les inégalités existantes. Elle a
1 Une première version de ce texte a été présentée pendant l’Université d’été Penser les inégalités... 1Pour penser les inégalités » 1, il faut tenir compte de leur dimension spatiale. Selon Henri Lefebvre 1968, la ville est la projection au sol des rapports sociaux » ; les inégalités sociales ont nécessairement une traduction spatiale. Mais la notion mathématique de projection a un caractère mécanique et simplificateur la représentation sur un plan d’un objet dans l’espace simplifie ou réduit l’objet et elle dépend des positions respectives de l’objet projeté et du plan. Dans la métaphore de la projection au sol des rapports sociaux, le spatial prime sur le social, mais leur relation est dialectique, avec des effets en retour Blanc, 2007. 2La mixité sociale est une politique consensuelle qui vise à réduire les inégalités sociales en intervenant sur l’espace. Ce texte a deux objectifs en s’inspirant de Georg Simmel, montrer comment la mixité sociale est prise dans des contradictions et produit des effets pervers. Ensuite, esquisser comment le paradigme de la transaction sociale permet une conceptualisation plus satisfaisante de la mixité sociale et ouvre des pistes pour le dépassement de ses contradictions internes. La mixité sociale au cœur du conflit entre la liberté et l’égalité 3En France, une représentation sociale communément admise voudrait que la cohésion de la société soit un objectif majeur une société sans cohésion et sans solidarité est une société qui se délite et qui risque de disparaître. Pour cela, il faudrait que l’État lutte contre les tendances à la séparation, en premier lieu contre la ségrégation. L’enjeu de cette lutte serait une société mixte », dans laquelle les individus seraient égaux et libres de se déplacer en tout lieu. Cette représentation est contradictoire avec une seconde, communément admise elle aussi, qui dénonce les méfaits de l’État-Providence la sécurité sociale et l’ensemble de la protection sociale auraient des effets pervers ; les individus deviendraient des assistés sociaux » et ils attendraient tout de l’État, au lieu de chercher à se sortir d’affaire par eux-mêmes. On voit bien aujourd’hui comment, malgré les efforts du président Barack Obama, les USA sont englués dans une défense obsessionnelle de la liberté contre le trop d’État » et contre l’égalitarisme », dénoncé comme la non reconnaissance des mérites individuels. Ces deux représentations s’opposent, même si elles peuvent être présentes dans le même discours. La première donne la priorité à une valeur fondamentale, l’égalité ; la seconde met en avant une valeur tout aussi fondamentale, la liberté. La liberté inclut notamment la possibilité de vivre entouré de ses proches. Le débat sur la mixité prend sens dans le cadre de ce conflit de valeurs. Alexis de Tocqueville [1993 [1835], puis Georg Simmel, ont montré que le conflit entre l’égalité et la liberté est un conflit irréductible L’antinomie profonde entre la liberté et l’égalité […] ne peut se résoudre que […] dans la négativité de l’absence de possession et de l’absence de puissance […]. Ce fut peut-être parce qu’instinctivement on a saisi la difficulté de cet état de choses qu’on a joint à la liberté et à l’égalité une troisième exigence, celle de la fraternité » Simmel, [1907] 1981, pp. 144-145. 4Il faut d’abord lever les ambiguïtés et clarifier les notions de ségrégation et de mixité, en distinguant leur dimension spatiale et leur dimension sociale, ainsi que leur caractère imposé ou voulu. Il sera alors possible d’analyser les formes prises par la mixité et la ségrégation dans les registres fondamentaux de l’anthropologie et de la sociologie le sexe, l’âge, l’ethnicité et la classe sociale. Ces relations sont faites à la fois d’opposition irréductible et de complémentarité, ce qui explique de multiples traductions spatiales. Le couple de la mixité et de la ségrégation 5Mixité et ségrégation sont deux pôles opposés, mais de quoi ? Analytiquement, il faut dissocier la dimension sociale et la dimension spatiale des processus de ségrégation et de mixité ces deux dimensions se recouvrent, mais en partie seulement. Contrairement au présupposé implicite de la mixité sociale, le rapprochement physique ou spatial n’implique pas automatiquement un développement des échanges sociaux. Dans La Société de Cour, Norbert Elias 2008 [1939] notait que les domestiques au service du Roi sont très proches de lui physiquement, mais très éloignés socialement. S’il y a un certain côtoiement des classes sociales à la Cour, ce n’est ni de la cohabitation, ni de la mixité sociale. La dimension spatiale ne se limite pas à la dimension résidentielle, mais cette dernière occupe une place importante. Les conflits entre bons » et mauvais » voisins sont fréquents et ils invitent à marquer la distance plutôt qu’à rechercher le rapprochement. C’est pourquoi la fameuse opposition proximité spatiale et distance sociale » a connu un grand succès. Elle ne se limite pas aux grands ensembles dans lesquels elle a été observée en premier Chamborédon & Lemaire, 1970. 6La cohabitation forcée de groupes qui ne la souhaitent pas conduit habituellement à l’évitement et à l’exacerbation des conflits de voisinage. Ceci introduit une seconde distinction analytique, selon le caractère imposé ou choisi de la ségrégation et de la mixité. La ségrégation a une connotation très négative car elle est spontanément perçue comme imposée à ceux qui la subissent. Elle peut être inscrite dans la loi qui réserve un espace, le ghetto, à l’usage exclusif d’un groupe ethnique et/ou religieux. Elle est plus souvent le résultat d’un ensemble de règles non écrites, à commencer par la loi d’airain du marché qui répartit riches et pauvres dans l’espace en fonction du prix du foncier. Il y a aussi une ségrégation voulue, mais rarement perçue comme telle. Qui se ressemble s’assemble », dit le proverbe. On se rapproche de ceux que l’on connaît et avec qui on a des affinités le même métier, les mêmes loisirs, une origine commune, etc. Pour se regrouper entre soi, on s’éloigne nécessairement des autres, même s’il n’y a aucune hostilité envers eux. Le résultat est une ségrégation que Nicole Haumont 1996 appelle, en faisant un jeu de mots subtil, une agrégation ». 7Pour la France, le constat d’Éric Maurin 2004 est accablant du haut en bas de la pyramide sociale, la société s’organise selon ce qu’il appelle le séparatisme social », ou le ghetto les beaux quartiers » pour les riches Pinçon-Charlot, 2001, les quartiers stigmatisés pour les pauvres et les étrangers. Ségrégation subie et agrégation voulue sont les pôles extrêmes, mais elles se combinent dans de nombreux cas. Le ghetto a un caractère paradoxal ses habitants peuvent ressentir douloureusement qu’ils sont rejetés et assignés à résidence ; en même temps, ils peuvent trouver qu’ici au moins ils n’ont pas à supporter le regard désapprobateur et méprisant des classes supérieures Lapeyronie, 2008. La mixité sociale imposée produit des cohabitations conflictuelles Enforced desegregation is no better than enforced segregation » Edgar et al., 2004. Les formes et les limites de la mixité sociale 8Il sera peu question ici de la mixité des fonctions urbaines. Dans La Charte d’Athènes, Le Corbusier 1971 [1942] préconisait la séparation des fonctions habiter, travailler, se recréer et circuler. La coupure entre l’espace de l’habitat et celui du travail se fonde sur un argumentaire hygiéniste les ouvriers ont droit à l’air pur et au soleil, loin des pollutions industrielles. En même temps, Le Corbusier voyait dans l’urbaniste l’accoucheur » de la société moderne. Les grands ensembles voulaient être des cités radieuses » et des foyers de convivialité. Le Corbusier était partisan à la fois de la spécialisation des espaces donc d’une forme de ségrégation spatiale et de la mixité sociale. Il était convaincu qu’un bon urbanisme permettrait de faire l’économie d’une révolution Le Corbusier, 2008 [1923]. Une forme urbaine judicieusement choisie aurait des effets positifs sur les relations de voisinage, permettant le développement d’une communauté harmonieuse. L’espace influence les relations sociales, positivement ou négativement. Mais la forme urbaine n’a pas d’influence mécanique sur les pratiques des habitants et il est risqué de faire d’elle un levier de l’ingénierie sociale. Le mélange des sexes 2 Pascale Kremer et Martine Laronche, La condition des jeunes filles s’est dégradée dans les quarti ... 9C’est une dimension essentielle, qui illustre la double face de la mixité sociale. C’est d’abord à l’école qu’il faut poser la question de la mixité des sexes. Ma génération a encore connu des écoles et des lycées de garçons, distincts de ceux des filles. Aujourd’hui, cette mixité dès le plus jeune âge est un grand progrès pour tout le monde. C’est en côtoyant réellement l’autre sexe et non de façon imaginaire et fantasmée, que l’on s’apprivoise mutuellement, que l’on arrive à se connaître, à gérer ses différences et ses oppositions. Pourtant, au début des années 2000, des jeunes filles maghrébines se sont plaintes du machisme » de leurs frères, petits et grands, dans l’enceinte scolaire ; elles aspiraient à des lieux bien à elles. Là au moins, elles seraient à l’abri des violences et du harcèlement 2. À un autre niveau, de nombreux mouvements féministes réclament des lieux pour que les femmes puissent se réunir entre elles, de façon non mixte. Si des hommes sont présents, ils tendent à monopoliser la parole, même s’ils se déclarent féministes »… On ne peut affirmer que la mixité des sexes soit automatiquement un progrès ; tout dépend du contexte et il faut se demander si la mixité favorise l’émancipation des femmes ou si elle contribue à les maintenir, sous de nouvelles formes, dans la soumission. Le plus souvent, le refus de la mixité des sexes est le fait des conservateurs la nostalgie des écoles séparées est bien enracinée chez les intégristes religieux, chrétiens ou musulmans. 3 Jacques Isnard, Les femmes sont l’avenir de l’armée française », Le Monde, 10La mixité scolaire se prolonge par la mixité professionnelle, fortement encouragée par l’Union européenne qui a fait de l’égalité entre les hommes et les femmes une de ses priorités. La féminisation des professions traditionnellement réservées aux hommes a des effets positifs. Les connaisseurs de l’armée et de la police reconnaissent que la présence féminine fait obstacle à une culture machiste » qui permet encore bien des abus 3. En même temps, la guerre d’Irak a montré que, dans l’armée américaine, les femmes soldats pouvaient être aussi redoutables que les hommes en matière de torture. Éduquer ensemble filles et garçons, ouvrir toutes les professions aux femmes comme aux hommes, voilà des choix de société qui, sans nier la biologie, sont indépendants d’elle. La mixité des sexes est bien une forme de mixité sociale. Le mélange des générations 11La mixité des générations est une autre forme. Elle a des répercussions importantes sur l’aménagement des villes. Je me limite à deux exemples, les jeunes et les personnes âgées. Un certain nombre d’entre eux connaissent des formes de logement spécifique le foyer » du troisième âge ou du jeune travailleur, la cité » universitaire, etc. Cette séparation traditionnelle se fonde sur de bonnes raisons. Jeunes et vieux ont des modes de vie et des besoins différents, même si cette opposition est schématique et connaît de nombreuses exceptions. Les seconds aspirent au calme et ils ont besoin de soins adaptés. Les premiers ont besoin d’espaces pour faire du sport, de la musique, etc. En vivant ensemble, ils se gêneraient mutuellement. La séparation permet à chaque groupe de vivre comme il l’entend. 12Mais il ne faut pas négliger le revers de la médaille. Les personnes âgées extraites de leur milieu de vie et regroupées entre elles sont désorientées. Elles se sentent isolées et inutiles et, du coup, elles dépérissent rapidement. Le maintien à domicile, dans leur environnement familier et avec les adaptations nécessaires, est bien préférable. Mais il arrive un moment où les soins médicaux et autres deviennent trop lourds pour pouvoir s’effectuer à domicile. La maison de retraite médicalisée s’impose alors et la mixité des générations atteint une de ses limites. 13Pour les jeunes aussi, vivre entre soi présente à la fois des avantages et des inconvénients. Le logement des jeunes est très segmenté. Les étudiants sont dans des cités, les jeunes travailleurs dans des foyers. Jusqu’à une date récente, cités et foyers logeaient séparément hommes et femmes. Aujourd’hui, seule une ségrégation manifestement sociale est maintenue entre étudiants, destinés à devenir de futurs cadres même si leur avenir professionnel est incertain et jeunes ouvriers souvent au chômage. Sauf exception, ces jeunes, qui ne sont pas logés à la même enseigne, ne viennent pas des mêmes milieux sociaux. Ils n’ont ni les mêmes modes de vie, ni les mêmes perspectives d’avenir. Est-ce une raison pour vivre chacun de son côté et dans l’ignorance de l’autre ? C’est poser la question de la mixité proprement sociale et, en simplifiant, de la cohabitation entre riches et pauvres. Le mélange des classes sociales 14Il y a une multitude de critères de ressemblance le métier, la langue, la religion, la nationalité, la passion pour le sport, la musique ou l’alcool, etc. Le plus souvent, ces critères se combinent subtilement à l’intérieur des classes sociales. Pour donner un exemple caricatural, les enfants de la bourgeoisie sont nombreux à jouer au piano et au tennis et à boire du whisky. Par contre, les enfants des milieux populaires jouent au football et boivent de la bière, peut-être par goût, mais aussi parce que c’est moins cher. Même lorsque les participants le nient, la classe sociale, dont le niveau de ressources est un marqueur essentiel, joue un rôle important dans ces regroupements affinitaires Bourdieu, 1979. C’est notamment le cas dans le domaine du logement. Les habitants d’un même immeuble peuvent avoir entre eux de très grands écarts, en termes de modes de vie et de richesse, mais ils ont un point commun ils ont la capacité de payer le prix demandé. Sinon, ils seraient rapidement expulsés. Cette règle très simple joue dans le secteur libre, régi par les mécanismes du marché. Mais elle s’applique aussi dans le logement social, son mode de financement aboutissant à une correspondance assez étroite entre les immeubles et les niveaux de ressources voir ci-après. L’intégration des étrangers 15À certaines périodes de l’histoire, les Juifs ont été assignés à résidence dans des ghettos. Au sens propre, il n’y a plus guère de ghettos aujourd’hui, c’est-à-dire d’espaces à l’usage exclusif d’un groupe. On peut parler à la rigueur de ghettos de riches » Pinçon & Pinçon-Charlot, 2000 ; Maurin, 2004. Il continue à y avoir des ghettos », dans le sens peu rigoureux de concentrations d’étrangers, dans certains quartiers dévalorisés et stigmatisés, à Strasbourg, Paris, Londres, Chicago ou Johannesburg. En France, c’est le plus souvent dans les grands ensembles de logements sociaux en lointaine banlieue. En Grande-Bretagne et en Amérique du Nord, c’est surtout dans l’habitat dégradé du centre ville, avant le processus de gentrification. Dans les deux cas, c’est une forme de rejet des étrangers. Ils logent dans ce qui reste, quand les autres ont pris le meilleur Blanc, 2003. 16La mixité sociale est présentée comme une valeur républicaine » ce qui n’est jamais défini et comme la condition d’une bonne intégration des étrangers, devenant implicitement une mixité ethnico-sociale. L’argumentaire voudrait que les étrangers, restant entre eux, ne puissent s’intégrer dans le pays d’accueil. Cette volonté de brassage des populations étrangères part d’une bonne intention, mais aussi d’une grande ignorance un certain nombre d’étrangers souhaitent vivre avec des compatriotes et non au milieu d’une population dont ils ignorent la langue et la culture. Les disperser revient à les isoler et à renforcer leur marginalisation. La communauté ethnique n’est pas toujours un obstacle à l’intégration, elle peut au contraire jouer un rôle d’intermédiaire et de sas Blanc, 2004a. 4 Cité par Mathilde Mathieu, Un camping de Pornichet soupçonné de discrimination raciale », Le Mond ... 17Le discours médiatique sur l’étranger l’assimile implicitement à un pauvre. Sans coïncider totalement, le rejet de l’étranger et celui du pauvre vont ensemble. Le paradoxe est que le rejet du pauvre est admis, celui de l’étranger de moins en moins. Le propriétaire d’un camping soupçonné de discrimination raciale a eu, pour sa défense, cette phrase éloquente Je ne regarde que le porte-monnaie des clients et jamais la couleur de la peau » 4. Il serait coupable s’il avait refusé un client à cause de sa nationalité et/ou de ses origines. Il est innocent puisqu’il s’est légitimement inquiété de la solvabilité de son client. Personne ne s’offusque de cette discrimination par l’argent qui se pratique à grande échelle riches et pauvres ne vont pas dans les mêmes hôtels, restaurants ou cafés. Le dogme français de la mixité sociale 18Dans un grand nombre de pays, la réduction de la ségrégation est une préoccupation majeure de la planification urbaine. Mais les objectifs visés sont rarement atteints et les résultats obtenus s’avèrent décevants Bolt et al., 2010. Fruit d’une longue tradition centralisatrice et jacobine, la planification urbaine en France est orchestrée par le gouvernement central et il privilégie le recours à la loi dans la lutte contre la ségrégation. La loi relative à la Solidarité et au renouvellement urbain SRU de décembre 2000 fait de la mixité sociale une valeur cardinale. Elle a voulu renforcer et rendre plus contraignants les dispositifs de la loi d’orientation de la ville de 1991, dite anti-ghetto ». Elle a été à son tour complétée par la loi d’orientation et de programmation pour la ville et la rénovation urbaine en août 2003 voir section ci-après. L’analyse de ces nouveaux dispositifs est source d’étonnement, faisant douter du réalisme de ces mesures section suivante. Les bilans réalisés au bout de dix ans montrent des résultats maigres et paradoxaux la mixité sociale reste un idéal bien lointain section d’après. L’empilement des lois 19Il y a toujours une part d’arbitraire dans la détermination du début d’une politique publique car la loi, ou le règlement, formalisent des réflexions engagées préalablement. Pour la mixité sociale en France, la loi d’Orientation pour la ville de 1991 marque une étape importante. À l’époque, elle a d’ailleurs été surnommée la loi anti-ghetto ». Elle affirme la nécessité d’empêcher la ségrégation ; les grands ensembles de logements sociaux dans les banlieues sont explicitement sa cible principale. Cette loi ne concerne que les agglomérations urbaines de plus de 200 000 habitants, elle veut généraliser l’usage des Programmes locaux de l’habitat dans la planification locale, etc. Comme beaucoup de lois d’orientation, celle-ci énonce des principes, tout en restant vague sur les mesures concrètes à mettre en œuvre. 5 Les chiffres varient selon les sources à partir des déclarations des résidents, les recensements ... 20En décembre 2000, la loi Solidarité et renouvellement urbain SRU réaffirme l’importance de la mixité sociale et elle met en place un dispositif plus contraignant. En sachant qu’à l’époque le logement social représentait 16 à 17 % du parc de logement de la France métropolitaine 5, cette loi concerne les agglomérations urbaines de plus de 50 000 habitants, à l’intérieur desquelles elle impose aux communes de plus de 1 500 habitants en Île-de-France plus de 3 500 ailleurs, d’atteindre en vingt ans donc d’ici 2020 un seuil minimum de 20 % de logements sociaux sur leur territoire ; 730 communes étaient concernées à l’époque. Elles ont été soumises à des engagements, évalués tous les trois ans, pour résorber progressivement leur déficit. Le Préfet est chargé de surveiller la bonne exécution de la loi SRU dans son Département ; il a la possibilité très peu utilisée d’infliger des amendes aux communes récalcitrantes. Économiquement et techniquement, cet objectif peut être considéré comme réaliste, mais ambitieux et nécessitant une volonté politique forte. 21En août 2003, la loi d’orientation et de programmation de la Ville et de la Rénovation urbaine est adoptée. Il faut noter qu’elle réintroduit l’expression de rénovation urbaine », qui était utilisée dans les années 1960 et qui a laissé de très mauvais souvenirs la rénovation était la destruction des immeubles déclarés insalubres dans les vieux quartiers centraux et la construction de nouveaux logements, pas forcément sur place et bien souvent à la périphérie Coing, 1966. La loi SRU a soigneusement évité cette expression, lui préférant celle, plus neutre, de renouvellement » urbain. 22La loi de 2003 a renoué avec la politique de la table rase », lançant un programme massif de rénovation-destruction, appelé Programme national de rénovation urbaine PNRU. 250 000 logements sociaux, principalement dans les banlieues, devaient être détruits en cinq ans. En principe, 250 000 logements de remplacement devaient être construits, mais en grande partie ailleurs, pour aboutir à une plus grande mixité sociale il fallait d’une part attirer les classes moyennes dans les quartiers stigmatisés pour changer leur image ; il fallait aussi disperser les locataires pauvres du logement social pour casser les ghettos », en reprenant le mot d’ordre du gouvernement d’union de la Gauche de Lionel Jospin Domergue, 2010, p. 33. Pour exécuter ce programme au double sens du terme, la loi a créé l’Agence nationale pour la rénovation urbaine ANRU, ce qui permet au gouvernement central de piloter les opérations et de contrôler les autorités locales, par le biais des financements. 232010 a été l’occasion d’un bilan à mi-parcours pour la loi SRU, qui se donne jusqu’à 2020 pour atteindre 20 % de logements sociaux partout. Puisque les deux sont intimement liés, c’est aussi l’occasion de faire le bilan du PNRU il aurait dû s’achever en 2008, mais il a été prolongé jusqu’en 2013, sous le sigle PNRU 2. Ce bilan est en demi-teinte. L’hostilité à la loi SRU a fortement baissé voir section suivante. Sur les 730 communes concernées, 325, soit 45 %, ne sont pas en règle avec la loi SRU. Pour se justifier, de nombreux maires mettent en avant les problèmes techniques et financiers, notamment le prix des terrains particulièrement en région parisienne et sur la Côte d’Azur ; ils affirment leur bonne foi et ils plaident pour un allongement des délais. 6 Laurence Boccara, Le bilan contrasté de la loi SRU », Les Échos, 7 Patrick Doutreligne, délégué général de la Fondation Abbé Pierre, cité par Isabelle Rey-Lefebvre, ... 24Mais l’envolée du prix du foncier peut aussi servir d’alibi. Une poignée d’élus locaux préfère payer des pénalités que de construire du logement social. Les pénalités sont trop faibles pour être dissuasives Cette taxe, dont le calcul complexe fait passer le montant [de 152] à 324 euros, est prélevée par l’État sur les ressources fiscales de la commune, mais le dispositif coercitif n’a finalement jamais démontré son efficacité » 6. Ce que confirme le sénateur de l’Union pour la majorité présidentielle UMP, Jean-Paul Alduy cité dans le même article Il existe mille et une façons de ne pas payer ou de minorer cette amende. Bref, il est facile de passer à travers les mailles du filet ». Parmi les villes réfractaires, on trouve Neuilly-sur-Seine, la ville du président Nicolas Sarkozy ! Tout en se réjouissant qu’une dynamique vertueuse soit enclenchée, la Fondation Abbé Pierre regrette que 325 communes ne respectent pas la loi et 240 seulement ont été sanctionnées. L’État devrait être plus ferme, il faudrait tripler les pénalités et que l’État fasse jouer son droit de substitution aux maires défaillants » 7. 25En ce qui concerne le PNRU, ce programme irréaliste n’a pas atteint ses objectifs fin 2010 donc deux ans après la date initialement annoncée pour la fin du programme, le nombre de logement démolis n’était que » de 139 000, pour 133 000 logements reconstruits CES ANRU, 2011, p. 8. Dans une période de déficit de logements abordables, cette destruction systématique est choquante on aurait pu mobiliser ces moyens pour construire davantage, au lieu de construire “à la place” » Domergue, 2010, p. 35. Le Comité d’évaluation et de suivi de l’ANRU note plusieurs limites importantes les conditions de vie des habitants ne sont pas suffisamment améliorées ; […] la mixité sociale espérée n’est pas globalement atteinte » CES ANRU, 2011, p. 16. La mixité sociale, un consensus sur une chimère impossible à mesurer 26En 2000, dans un gouvernement d’union de la Gauche, un Ministre communiste de l’Équipement et du logement, Jean-Claude Gayssot, a été le maître d’œuvre de la loi SRU. Ce portage politique ne surprend pas, la Gauche et la Droite s’étant vigoureusement opposées lors du débat parlementaire. Pourtant, en d’autres temps, les marxistes se méfiaient de la mixité sociale, dans laquelle ils voyaient une ruse du patronat pour tenter de diluer la conscience de classe ouvrière Guerrand, 1966. Mais la mixité sociale est cohérente avec le communisme municipal », tel qu’il a été pratiqué notamment dans l’ex- banlieue rouge » parisienne. L’égalité entre les communes est le souci principal dans les années 1960, les municipalités communistes ont tenté de s’opposer, sans grand succès, à la volonté du gouvernement central et de la ville de Paris de construire chez elles les grands ensembles pour le relogement des exclus de la rénovation Baudin, 2000 ; Castells et al., 1973. Elles soutenaient que ce fardeau » ne devait pas reposer uniquement sur les communes ouvrières, qui avaient déjà suffisamment de pauvres, mais qu’il devait être également réparti entre toutes les communes. 8 Jean Leonetti, cité par Isabelle Rey-Lefebvre, La France doit-elle construire plus de logements s ... 27En 2003, le Ministre de l’Équipement et du logement est un centriste, Jean-Louis Borloo, membre de l’Union pour la majorité présidentielle de Jacques Chirac. Il a été le promoteur de la politique de rénovation urbaine massive et il a résisté aux appels de la fraction de la droite la plus conservatrice elle voulait abolir ou au moins assouplir l’obligation de mixité sociale, au nom de la liberté et du marché. En matière de politique du logement, la mixité fait aujourd’hui partie du socle commun accepté par la Droite et la Gauche. Le maire d’Antibes Côte d’Azur et député de l’Union pour la majorité présidentielle UMP a voté contre la loi SRU en 2000. Il déclare aujourd’hui malgré ses imperfections, la loi SRU a été un outil, un levier pour imposer la mixité sociale dans nos communes » 8. Dans ce domaine, la continuité l’emporte sur la rupture Blanc, 2007. La loi de 2003 renforce les moyens de réaliser la mixité sociale prévue en 2000, en étant aveugle à ses effets pervers. 28Cette doctrine présuppose que l’absence de mixité sociale est un problème exclusivement urbain section ci-après. Elle comporte aussi deux biais méthodologiques elle prend la proportion de logements sociaux dans la commune comme indicateur de mixité sociale, sans se préoccuper de la pertinence de la mesure à cette échelle section suivante. Elle ne tient pas compte de l’hétérogénéité de la population du logement social, la seule présence de logements sociaux n’est pas un indicateur pertinent de mixité sociale section d’après. La mixité en ville et à la campagne 29Le fondement implicite de la loi SRU fait du déficit de solidarité un phénomène spécifiquement urbain. Il faut donc imposer davantage de solidarité » dans les villes, mais les campagnes sont hors du champ de la loi, puisque le problème ne s’y pose pas Blanc & Bidou, 2010. Ce présupposé doit être questionné il y a sans doute des solidarités à l’intérieur des communautés villageoises, mais aussi des querelles de clocher ». Les nouveaux arrivants sont des intrus et l’opposition Established vs. Outsiders Elias & Scotson, [1965] joue à plein. Les villageois sont particulièrement allergiques à la création de logements sociaux dans leur commune, de peur qu’elle n’entraîne l’arrivée des cas sociaux », rejetés par la ville. La mesure de la mixité sociale à l’échelle communale 30Si la ségrégation et la mixité sont présentes dans les villes et les campagnes, elles prennent des formes différentes. Paradoxalement, la loi SRU ne s’applique que dans les agglomérations urbaines et elle raisonne pourtant comme si la France ne comportait que des petites communes rurales, qui seraient à la fois une unité de la vie sociale et une unité administrative. Dans une ville grande et même moyenne, 20 % de logements sociaux n’a pas grand sens en termes de ségrégation et de mixité si on ne sait rien de la répartition intra-communale si les logements sociaux sont concentrés dans certains quartiers, alors que d’autres n’en comptent pas, la commune sera peut-être en règle avec la loi SRU, mais la mixité sociale sera faible. Il est curieux que cette objection élémentaire soit si largement négligée. La diversité du logement social 31Dans le langage courant comme dans la loi SRU, le logement social est assimilé à celui des pauvres. La réalité est beaucoup plus nuancée et complexe, pour deux raisons essentielles tous les pauvres ne vivent pas dans le logement social et, inversement, le logement social n’héberge pas que des pauvres. C’est la principale limite de la mixité sociale par le statut d’occupation du logement tenure mix, en anglais il y a des riches et des pauvres, aussi bien chez les propriétaires que les locataires Tunstall & Fenton, 2006. Historiquement, le logement social est né en France avec les habitations à bon marché », suivies par les habitations à loyer modéré », les fameuses HLM Guerrand, 1966. Ces logements sont construits et gérés par des collectivités territoriales communes et départements ou par des organismes parapublics les ex-sociétés anonymes d’HLM, devenues Entreprises sociales de l’habitat. Ces organismes bénéficient de financements publics, ce qui leur permet de pratiquer des loyers modérés », c’est-à-dire inférieurs à ceux du marché. Juridiquement, les logements sociaux sont réservés aux ménages aux ressources modestes ». 32Ce loyer, même modéré, est encore trop élevé pour les plus pauvres ils sont mal logés dans les taudis du secteur privé, ce que l’on a appelé le marché de l’insalubre » Rudder-Paurd & Vourc’h, 1978, ou encore le logement social de fait. Les débats sur la mixité sociale et la loi SRU ne tiennent aucun compte des pauvres logés dans le secteur privé, parce qu’ils ne peuvent accéder au logement social. De plus, les organismes de logement social ne veulent pas loger exclusivement des pauvres. Ils ne veulent pas que logements sociaux » rime avec ghettos » et ils se présentent comme des généralistes de l’habitat », en invoquant les bienfaits de la mixité sociale. 33Le logement social est segmenté. Sous des appellations qui changent souvent, il y a une hiérarchie à trois niveaux le logement social ordinaire », en-dessous le logement très social » et au-dessus le logement social intermédiaire », ce qui veut dire entre le logement social et le marché libre. Lorsqu’elles ont été construites par des organismes de logement social, les cités universitaires sont considérées comme du logement social, même la résidence des élèves de la très prestigieuse École nationale d’administration ENA, en plein centre de Strasbourg. Ceci entraîne des niveaux de loyer différents, des plafonds de ressources différents et des listes d’attente différentes. C’est pourquoi le logement social a été accusé de produire des ségrégations sociales Barre, 1976. Mais la réforme du financement du logement social de 1977, qui a voulu a voulu favoriser la mixité par la mobilité des locataires, au moyen de l’aide personnalisée au logement, est dans une logique néo-libérale et elle n’a rien arrangé Blanc, 2004b. Quand il y a des très pauvres dans le parc privé et des classes moyennes dans le parc social, le pourcentage de logements sociaux est un instrument très grossier pour mesurer la mixité sociale. Les paradoxes de la mixité sociale 34Dans la théorie de la complexité, un paradoxe est une situation dans laquelle il faut satisfaire en même temps deux injonctions opposées et d’égale valeur Morin, 1991. Ainsi la rénovation urbaine vise à disperser les pauvres, mais sans savoir où les reloger, car personne ne veut les accueillir. Même à dose homéopathique, ils continuent à déranger et ils se retrouvent entre eux, souvent à proximité section ci-après. Par ailleurs, une mixité qui admet des exceptions n’est pas une vraie mixité. C’est pourtant ce qui se produit aux deux extrêmes, avec l’exclusion des plus pauvres et l’auto-exclusion des plus riches section suivante. Rénovation-démolition, dispersion et re-concentration 35Pour contraindre à la mixité sociale, la rénovation urbaine détruit beaucoup de logements sociaux, même en bon état, en ne tenant aucun compte du fait que la plupart des intéressés voudrait rester dans leur quartier et même conserver leur logement, avec des améliorations modestes. Il y a à cela deux types de raisons, économiques et affectives. Les pauvres sont réalistes ils savent que, si le logement est amélioré, il sera nécessairement plus cher. Ils ne veulent pas prendre le risque de se retrouver à la rue, faute de pouvoir payer le nouveau loyer. D’autre part, les pauvres sont attachés à leur habitat et à leur quartier parce qu’ils y ont leur famille et/ou leurs amis, leurs habitudes et, surtout, des réseaux d’entraide et de solidarité patiemment construits. Déménager dans un autre quartier, c’est se retrouver isolé avant d’avoir reconstruit de nouveaux réseaux de solidarité, ce qui est beaucoup plus long que les réseaux sociaux » sur internet ! La rénovation urbaine ne détruit pas seulement des immeubles, elle abolit un pan de la culture et de la vie sociale d’un quartier Coing, 1966. 36Ce saut dans l’inconnu est d’autant plus inacceptable que le relogement est habituellement mal préparé les nouveaux logements prennent du retard, la stigmatisation par l’ancienne adresse crée des barrières et les locataires redoutent le jugement négatif de leurs futurs voisins. C’est aussi une épreuve pour les autorités locales et les bailleurs sociaux, mal préparés à gérer ce genre de situation. Les contraintes bureaucratiques et financières sont telles que les locataires que l’on voulait disperser se retrouvent ensemble ! C’est le phénomène de re-concentration, observé notamment en Île-de-France Lelévrier, 2010. Ce phénomène n’a rien de nouveau observant la première rénovation urbaine à Paris, menée par le Baron Haussmann sous le second Empire 1852-1870, Friedrich Engels 1957 [1887] notait la question du logement n’est pas résolue, […] elle est seulement déplacée ». Une mixité sociale limitée aux couches moyennes et petites-moyennes 37On peut distinguer deux types de communes laissant à désirer du point de vue de la mixité celles qui n’ont pas assez de logements sociaux et doivent en construire pour se mettre en conformité avec la loi les communes SRU », selon Didier Desponds, 2010 et celles qui en ont trop et cherchent à en perdre, même si elles n’y sont pas tenues par la loi les communes ANRU ». En Île-de-France, les communes ANRU sont d’anciennes communes ouvrières de la banlieue rouge », dans lesquelles la proportion de classes moyennes a légèrement augmenté, via l’accession à la propriété les opérations de rénovation urbaine bénéficient davantage aux classes moyennes » Desponds, 2010, p. 55. Les classes moyennes sont aussi bénéficiaires dans l’attribution des logements sociaux, puisqu’on cherche à les faire revenir pour éviter de reconstituer des concentrations de pauvres, on avantage les candidats de classe moyenne, au détriment du principe de justice sociale. 38En Île-de-France, la ségrégation augmente à la fois dans les quartiers les plus riches et les plus pauvres. Entre les deux, c’est-à-dire dans la majorité des quartiers, la mixité augmente légèrement ; même dans les quartiers gentrifiés » Préteceille, 2006. Nouveau paradoxe, ce qui est normal » pour les riches, pratiquer l’entre-soi, est interdit aux pauvres, ce qui les fragilise. L’injonction à la mixité sociale s’adresse surtout aux catégories intermédiaires. Si le discours a changé, la situation reste proche de celle du xixe siècle, lorsque la petite bourgeoisie avait la mission » de vivre au milieu du peuple pour l’éduquer et le civiliser Guerrand, 1967. Mais la grande noblesse, comme la grande bourgeoisie, n’était pas concernée. 39Dans les quartiers en cours de gentrification, les gentrifieurs » les fameux bourgeois-bohêmes peuvent toujours se rassurer en se disant que leur présence est la cause de la mixité sociale » Charmes, 2005, p. 123, ce qui est en partie vrai, mais à court terme seulement. Ils mettent en avant le mélange des nationalités, mais cette mixité ethnico-sociale est beaucoup plus facile à réaliser à l’intérieur des mêmes catégories aisées, qui valorisent le cosmopolitisme, qu’entre couches moyennes et couches populaires. Toutes origines ethniques et/ou nationales confondues, les pauvres sont les exclus de la gentrification. Les frontières de classe sont plus résistantes que les frontières ethniques. 40Le paradigme de la transaction sociale est pertinent pour analyser une pratique sociale aussi paradoxale et ambiguë que la mixité sociale. La section ci-après retrace brièvement la formalisation de ce paradigme depuis l’ouvrage fondateur de Jean Remy, Liliane Voyé et Emile Servais, Produire ou reproduire ? 1991 [1978]. Elle souligne d’abord trois facteurs qui font l’originalité de cette approche et qui s’appliquent bien à la mixité sociale l’attention portée aux conflits, la place des accords informels et la combinaison de la confiance et de la méfiance. Elle interroge ensuite le statut de la transaction sociale c’est un paradigme heuristique, avec un but de connaissance ; faut-il aussi le considérer comme un paradigme pragmatique ? La réponse provisoire est prudente. 41En revenant au conflit de départ, entre la liberté de vivre entouré de ses proches et l’égalité dans l’accès à un logement décent, la section suivante montre que l’approche juridique, française mais aussi britannique, ne retient que le deuxième volet, en ignorant le premier. La conciliation de ces deux exigences passe par une dynamique transactionnelle, reconnaissant le rôle dans la cohabitation des communautés ouvertes », fondées sur un projet commun. Le paradigme transactionnel 42L’ouvrage Produire ou reproduire ? a été débattu et approfondi collectivement, permettant une formalisation progressive du paradigme transactionnel Blanc et al., 1992 ; Freynet et al., 1998 ; Gibout et al., 2009 ; Maroy et al., 2009. La transaction sociale est d’abord un processus qui inclut de l’échange, au sens du don et du contre-don, de la négociation pour parvenir à des compromis de coexistence, mais sans présupposer la liberté et l’égalité des partenaires la transaction peut passer par des phases de rapport de force et d’imposition section ci-après. Faire de la transaction sociale un paradigme pragmatique lui fait courir des risques, mais ce n’est pas une raison suffisante pour l’écarter section suivante. Conflit, compromis, coopération et confiance 43Le paradigme transactionnel s’inspire de la sociologie du conflit de Georg Simmel [1907]. La vie sociale est traversée et structurée par des couples d’opposition et en tension permanente, les partenaires étant à la fois complémentaires et opposés le conflit des générations, la lutte des sexes ou celle des classes, mais aussi le conflit de la tradition et de la modernité, etc. Dans ces conflits irréductibles, il faut faire son deuil d’une solution définitive. Seul un compromis est envisageable et il ne peut être que précaire et provisoire. La théorie de la complexité du social d’Edgar Morin 1991 est une seconde source d’inspiration. Les couples d’opposition produisent des paradoxes qui renforcent la complexité. 44Le paradigme de la transaction sociale permet de comprendre comment des acteurs qui sont à la fois partenaires et adversaires parviennent à élaborer les compromis qui leur permettent de coopérer. La coopération suppose un minimum de confiance, mais on ne fait pas spontanément confiance à un adversaire. La logique juridique est souvent contre-productive car elle fait par principe abstraction de la confiance, considérant qu’un accord en bonne et due forme doit avoir prévu à l’avance toutes les situations de rupture et d’échec de l’accord. Même si elles ne sont pas suffisantes et restent source de fragilité, les transactions informelles, implicites ou tacites sont souvent fécondes et elles peuvent permettre des avancées qui seraient impossibles si elles étaient officialisées. La défiance ne disparaît pas, mais la confiance se construit progressivement la transaction se caractérise comme ce mouvement paradoxal par lequel on établit une reconnaissance impossible, ou l’on rétablit une reconnaissance rompue, ce qui revient d’une manière ou d’une autre à négocier ce qui n’est pas négociable » Bourdin, 1996, p. 256-257. La connaissance et l’action 45Le paradigme de la transaction sociale a une fonction heuristique, dont le but est la connaissance intime du social, en combinant l’approche plus subjective de l’intérieur et l’approche plus objective de l’extérieur. Aujourd’hui, le développement exponentiel de pratiques sociales faites de médiation et de transactions, dans les conflits du travail ou dans les conflits familiaux notamment, amène à se demander si le paradigme transactionnel a acquis une fonction pragmatique. Que l’approche par la transaction favorise le développement de pratiques sociales innovantes, notamment en termes de gestion des conflits, serait une bonne chose. Mais les risques sont nombreux. Le premier serait d’établir une codification et un inventaire des bonnes pratiques transactionnelles », ce qui aurait deux inconvénients ce serait d’abord contradictoire avec l’idée d’expérimentation, de souplesse et d’adaptation au contexte ; ce serait aussi donner une valeur normative à la transaction, ce qui pourrait par exemple déboucher sur la production de manuels de transaction sociale », à l’usage de diverses professions, notamment pour les opérateurs de la mixité sociale dans l’urbanisme. Il y a de bonnes et de mauvaises transactions les échanges commerciaux représentent des guerres potentielles pacifiquement résolues et les guerres sont l’issue de transactions malheureuses » Claude Lévi-Strauss, cité par Remy & Voyé, 1981, p. 171. 46La polémique née au Québec sur les accommodements raisonnables », après la mise en oeuvre des recommandations de la commission présidée par Gérard Bouchard et Charles Taylor 2008, est très instructive à cet égard dans une société multiculturelle comme le Québec, des règles qui font sens pour un groupe sont absurdes pour un autre. Pour résoudre ce problème, on peut adopter une démarche proche de la recherche d’un compromis transactionnel et tolérer des assouplissements visant à rendre la règle acceptable par tous. Ce principe a été adopté de façon consensuelle comme plein de bon sens. Pourtant, sa mise en œuvre a provoqué un tollé ce qui était raisonnable » pour les uns, par exemple la tolérance au port du voile dans l’espace public, était totalement déraisonnable » pour les autres. C’est la fameuse question de qui jugera les juges ? » comment décider de ce qui est raisonnable quand le conflit porte sur les valeurs qui sous-tendent la » rationalité ? Mixité sociale, communauté de projet et société 47Les partisans de la mixité sociale dénoncent sans beaucoup de nuances un coupable tout trouvé les communautés et le communautarisme ». Si la critique des communautés refermées sur elles-mêmes se justifie pleinement, des communautés ouvertes » peuvent permettre de trouver une issue à l’injonction paradoxale de la mixité sociale. Communautés et sociétés 48Revenons sur le paradoxe de la première section la loi française privilégie l’égalité, avec le droit à un logement décent ; mais elle fait passer au second plan la liberté de vivre entouré de ses proches. Vivre au milieu de voisins inconnus, avec lesquels il n’y a aucune affinité, est une perspective peu réjouissante. La même logique est à l’œuvre en Grande-Bretagne, où les villes gèrent une part importante du logement social. De nombreuses municipalités ont mis en place un système de points pour attribuer leurs logements. Certaines accordaient des points supplémentaires aux enfants des résidents du quartier en considérant que, si ces jeunes adultes voulaient rester dans le quartier de leur enfance, c’était une bonne chose pour leur insertion dans la communauté de quartier. Par contre, les juges ont estimé que, si l’intention était louable, ce dispositif entrait en contradiction avec la loi contre la discrimination raciale et qu’il devait être aboli. En effet, cette prime à l’ancienneté » fait obstacle à l’obtention d’un logement par les immigrants récents Blanc, 2004a, p. 203. 49Le modèle implicite est une société constituée par des individus mobiles et sans aucune attache, ni à des espaces, ni à des personnes. C’est une société sans institutions intermédiaires, ce qui est une vision très réductrice de la complexité des sociétés. Une communauté est un groupe intermédiaire qui entretient des liens affectifs forts, produits par une histoire et une identité communes. Une communauté peut être repliée sur elle-même et fermée aux autres ; elle est alors incompatible avec la mixité sociale. Elle peut aussi être accueillante et ouverte, devenant alors une communauté de projet Blanc, 2012. Mixité sociale et communauté de projet 50Une communauté de projet est par définition ouverte à tous ceux qui adhèrent au projet, même si le projet commun est très vite susceptible de lectures opposées Reynaud, 1989. Pour rester ouverte, une communauté de projet doit être attentive à faire évoluer son projet dans le sens d’une plus grande ouverture, pour que la communauté puisse s’élargir et se renouveler. La distinction entre communauté ouverte et fermée est un type-idéal toute communauté est prise dans la tension entre l’ouverture et la fermeture. La tentation de l’ouverture peut donner le vertige en s’élargissant, la communauté risque de renier ses valeurs fondatrices. C’est une piste permettant de concilier les apports de la vie communautaire et les exigences de la mixité sociale, en respectant l’entre-soi, mais en l’assortissant d’une plus grande ouverture à l’environnement social. Conclusion inégalités et mixité sociale 51Il faut éviter la confusion, aujourd’hui fréquente, entre l’égalité et l’égalité des chances. Pour accéder à un emploi, une formation ou un logement, l’égalité des chances consiste à placer tous les candidats sur la ligne de départ en veillant à ce que le processus de sélection ne prenne en compte que les compétences de chacun. Cette démarche a le mérite de s’attaquer aux privilèges, rentes de situation et autres passe-droits. Elle réduit ainsi des inégalités flagrantes et choquantes. Mais l’égalité des chances ne produit pas de l’égalité certains sont pris, d’autres sont rejetés. Les inégalités persistent, mais elles deviennent légitimes et supportables parce que fondées sur des critères justes. L’égalité des chances peut paradoxalement renforcer les inégalités justes Bihr & Pfefferkorn, 2000. 52La mixité sociale est le refus du ghetto et de toute forme d’assignation à résidence ; elle répond à l’aspiration à davantage de liberté et de fraternité. Mais, dans sa contribution à la réduction des inégalités spatiales, la mixité sociale doit aller bien au-delà de l’égalité des chances dans l’accès au logement social. Il ne suffit pas d’imposer la cohabitation sur un même espace à des catégories sociales hétérogènes. Il faut aussi se soucier de la qualité des échanges sociaux, ce qui est beaucoup plus difficile à mettre en œuvre et à apprécier.
protectionsociale. Les inégalités se sont creusées dans la plupart des États membres, suscitant des inquiétudes à la fois pour la durabilité de la croissance et pour la cohésion sociale. Des préoccupations ont également été exprimées quant au caractère inclusif de la croissance. Lorsque le revenu produit dans un pays, mesuré par le PIB, croît plus rapidement que les
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16Mais pour certains, la notion de cohésion sociale présente les caractéristiques d’un quasi-concept (Bernard, 1999) et, pour l’essentiel, elle servirait de cache-misère aux inégalités sociales grandissantes (Jenson, 1998). Pour Bernard (1999), la cohésion sociale est aussi un concept de convenance, comme les expressions apparentées de « capital social » ou de « confiance
28 juillet 2012 6 28 /07 /juillet /2012 2047 Pour Claude Guéant, le texte que prépare Manuel Valls sur les critères de la régularisation des étrangers en situation clandestine aura pour conséquence de créer des droits pour des personnes qui ont violé la loi». INTERVIEW - Pour l'ancien ministre de l'Intérieur Claude Guéant, la ligne politique du gouvernement se résume à annuler ce qui a été fait sous Sarkozy. LE FIGARO. - Comment réagissez-vous aux déclarations de votre successeur au ministère de l'Intérieur, Manuel Valls? Claude GUÉANT. - La ligne de la politique mise en œuvre par le gouvernement Ayrault semble se résumer à annuler ce qui a été fait sous la présidence de Nicolas Sarkozy, fût-ce au détriment des intérêts fondamentaux de notre pays. Nous avons pu le constater, ces deux dernières semaines, en matière économique les mesures adoptées dans le collectif budgétaire n'ont pour résultat que de diminuer les revenus des Français et de réduire la compétitivité des entreprises, alors qu'au contraire il conviendrait de stimuler et la consommation et la productivité française. En ce qui concerne l'immigration, et singulièrement le volet naturalisation, les mesures que préconise Manuel Valls sont de nature à porter gravement atteinte à la cohésion sociale, alors même que le gouvernement socialiste lui-même ne cesse de proclamer sa volonté de rassembler le pays. Dans quel état d'esprit aviez-vous établi en 2011 de nouveaux critères d'accès à la naturalisation pour les étrangers? Notre politique avait un objet et un seul faire en sorte que les naturalisations soient des succès et que les nouveaux Français soient reconnus sans aucune réserve comme des Français à part entière qu'ils sont. Devenir français, ce n'est pas le début d'un parcours, c'est l'aboutissement d'une intégration, comme d'ailleurs Manuel Valls le reconnaît. Nous avions établi trois nouvelles conditions la première, en vigueur depuis le 1er janvier 2012, faire preuve d'un minimum de connaissance de la langue française. C'est le niveau correspondant à la fin de la scolarité obligatoire la troisième. C'est le critère retenu par l'ensemble des pays européens et d'autres comme le Canada. La deuxième mesure, applicable depuis le 1er juillet, consistait à demander une connaissance minimale de notre histoire, de nos institutions, de notre culture, sous forme d'un QCM questionnaire à choix multiple. Là encore, cela me semble absolument normal et de bon sens qu'un Français connaisse les grands principes de la société dans laquelle il vit. Ce QCM a été testé pendant plusieurs mois et il ne correspond en rien à la description qu'en fait Manuel Valls. Enfin, il y a une troisième mesure, qui consistait à faire signer par les nouveaux Français une charte des droits et des devoirs» des citoyens, lors d'un entretien d'assimilation. La remise en cause de ces mesures est-elle le signal d'un assouplissement de la politique d'immigration? Je serais très choqué que le gouvernement veuille revenir sur ces trois mesures qui n'ont pour objet que de garantir la cohésion de notre pays. Je crois malheureusement que c'est un signal parmi beaucoup d'autres. Au Sénat, Manuel Valls a confirmé qu'il allait revoir les critères de la régularisation des étrangers en situation clandestine. Le texte que prépare le ministre aura à l'évidence pour conséquence de créer des droits pour des personnes qui ont violé la loi. Ce qui pose problème. Il indique qu'un des critères pourrait être celui de la scolarisation des enfants. Or tous les enfants étrangers, quelle que soit la régularité du séjour de leurs parents, sont accueillis dans nos écoles. Cela signifie qu'il suffirait d'avoir des enfants pour avoir un droit définitif au séjour. Manuel Valls dit aussi que le fait de travailler clandestinement pourrait donner droit au séjour. Autant dire que plus on est irrégulier, plus on enfreint la loi, plus on aurait droit au séjour. Je laisse les Français juger! J'ajoute que la création du forfait de 30 euros pour l'accès à l'aide médicale d'État AME avait pour objectif de mettre fin à une anomalie le plus pauvre des Français doit cotiser un minimum alors qu'un étranger clandestin pouvait être soigné gratuitement. Le gouvernement remet en vigueur cette injustice. Quelle idéologie sous-tend ce changement de cap? Le trait commun de toutes ces mesures, on le trouve dans les publications de l'association Terra Nova, qui sert de laboratoire d'idées au PS. Ces publications disent que la classe ouvrière est devenue ringarde et conservatrice et qu'elle doit être, en tant que clientèle électorale, abandonnée par la gauche. Avec un total cynisme, ces publications affirment que puisque les personnes issues de l'immigration votent à 75% pour la gauche, la nouvelle clientèle électorale à cultiver pour le PS doit désormais être celle des personnes issues de l'immigration. Par conséquent, il faut augmenter l'immigration! La droite n'est pas contre l'immigration, mais elle veut maîtriser les flux migratoires afin que ceux qui sont légalement accueillis dans notre pays s'y sentent à l'aise et y réussissent. En revanche, favoriser une immigration incontrôlée pour des motifs politiciens présente de grands dangers pour la cohésion sociale et pour la préservation des valeurs de la République. Published by Franck GUIOT
Commentparvenir à cette cohésion sociale et à la réconciliation nationale en Côte d'Ivoire selon les concernés ? Pour répondre à ces questions, nous posons le problème dans la problématique, ensuite nous exposerons la méthodologie de recueil des données et enfin nous présenterons les résultats de l'enquête et la discussion de ceux-ci. Problématique La cohésion sociale est une
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Desinégalités multiples et cumulatives C. Les différentes évolutions II- Quelles explications possibles de la structure sociale ? A. Les analyses fondatrices 1. Karl Marx Réaliste 2. Max Weber Nominaliste B. Le renouveau contemporain de l’analyse C. Les nouveaux critères de la différenciation sociale Inégalité : différence qui
Écrivain engagé sur la question des inégalités aux États-Unis, Joseph Stiglitz, né en 1943, fait partie de la mouvance des néo-keynésiens. Ces derniers s'opposent aux néolibéraux sur de nombreux points lutte contre l'inflation, déréglementation des marchés, politiques d'austérité, etc. Ils proposent en lieu et place de ces mesures peu concluantes une relance de l'économie par la demande, une meilleure répartition de la valeur ajoutée et surtout une intervention de l’État pour éviter les excès des institutions financières. Cela ne va pas sans une lutte contre les inégalités, qui font que 1 % des Américains se partagent plus de 40 % des richesses nationales constat aussi vérifiable en Europe.Parti ainsi du constat que trop d'inégalités ne profitent à personne, Joseph Stiglitz décortique la question dans son ouvrage à travers des critiques de l'idéologie néolibérale et des propositions de réformes. inégalités fabriquées et entretenues par le 1 %Stiglitz expose une situation des plus critiques il montre qu'une partie infime de la population peut détenir une part conséquente des richesses, et maintenir ses intérêts à tout prix, au détriment de la majorité. C'est le constat qu'il fait aux États-Unis les richesses ruissellent non pas du haut vers le bas, via la redistribution et une imposition progressive, mais du bas vers le haut ; les 1 % les plus riches vampirisent les ressources grâce à différents moyens par exemple, ils influencent les décisions du Congrès afin de ne jamais faire passer les amendements en faveur de plus de redistribution les candidats les plus progressistes sont systématiquement évincés par le lobbyisme. À la place, les libéraux-conservateurs placent leurs pions, sur la recommandation du 1 %, et entretiennent une croyance dangereuse leurs intérêts sont les intérêts des 99 % restants. Ainsi, les choses risquent difficilement de changer ; le pire étant que les classes populaires sont celles qui se mobilisent le moins pour aller voter, en pensant que la politique ne peut de toute façon rien pour eux. Ils subissent de fait une asymétrie d'informations car les plus riches, au contraire, sont bien conscients de leurs intérêts. De plus en plus, comme le rappelle l'auteur, le système politique glisse d'un principe une voix, un vote » à un dollar, un vote ». Ce triste constat n'est pas moins vrai dans notre pays comme le prouve le programme en faveur des plus riches du président E. les classes moyennes et populaires auraient beaucoup à dire en se manifestant leurs conditions de vie se dégradent tandis que les très hautes fortunes se multiplient, atteignant des sommets. En témoigne le coût faramineux de l'éducation aux États-Unis, dans un pays qui se prétend être le héraut de l'égalité des chances. En effet, les étudiants doivent contracter des prêts auprès de banques privées pour espérer poursuivre dans l'éducation supérieure, ce qui les endette sur des décennies. Ce système profite à ceux qui ont déjà des revenus conséquents, et entretient donc l'inégalité des chances sur le long terme. Malheureusement, l'élitisme reste fortement ancré dans un pays partant sur le principe que chaque homme est libre et égal aux autres, entretenant l'idée que la pauvreté est, finalement, une condition choisie. Cela fait que la protection sociale est minime et souvent inabordable pour les plus précaires. Si la situation française n'est pas tout à fait comparable, il ne faut nier le coût important de certaines formations écoles de commerce, écoles d'art... et leurs conséquences sur l'inégalité des le triste constat aux États-Unis qu'établit l'auteur est l'hégémonie de la pensée du 1 %. Celui-ci a tout intérêt à souhaiter une réduction de l'État, quitte à vanter la liberté totale des marchés qui ont plus d'une fois prouvé leur incapacité à s'autoréguler krach boursier de 1929, crise des subprimes de 2008.... Pour ce faire, les penseurs du néolibéralisme n'hésitent pas à brandir les échecs du communisme, peur particulièrement virulente dans un pays qui l'a combattu de longue date, n'ayant aucun scrupule à faire l'amalgame avec le socialisme. Ce mythe selon lequel il n'existe pas d'alternative au libéralisme est ensuite relayé par les organes de presse, que possèdent bien souvent les grands patrons du 1 %. Le moindre pas vers plus d'égalités soulève immédiatement un tollé chez eux, qui crient au communisme et à la désincitation de faire du profit et soutenir la croissance. Ces arguments caricaturaux sont utilisés par les libéraux contre B. Sanders aux USA, P. Iglesias en Espagne, J. Corbyn au Royaume-Uni, ou encore contre la France Insoumise en France. Pourtant, comme nous allons le voir, plus d'égalités profiteraient à mesures possibles pour limiter les inégalitésIl revient d'abord d'éclipser les doutes sur le mythe des inégalités. Certes, celles-ci ne peuvent disparaître et une égalité absolue serait absurde. Il n'en reste pas moins que les inégalités nuisent à la croissance et à la cohésion sociale. D'une part, les classes moyennes et précaires, qui représentent une majorité écrasante, sont les rouages de l'économie. Stimuler la consommation en augmentant leurs salaires produirait bien plus de richesses qu'augmenter le salaire des PDG – le problème n'étant pas les hauts salaires, mais le fait qu'ils sont multipliés alors même que la précarité se multiplie et que certains patrons licencient en même temps. Par exemple, Stiglitz a théorisé ce qu'on appelle le salaire d'efficience un salaire élevé motive les travailleurs à fournir une productivité maximale, là où la hausse du salaire patronal ne fait qu'augmenter le sentiment d'injustice dans une conjoncture difficile. D'autre part, trop d'inégalités effrite la cohésion sociale hausse de la criminalité, hausse du taux d'abstention, richesses monopolisées par une minorité qui rejette toute solidarité et œuvre pour contribuer toujours moins. On pourrait dire la même chose de la situation en France aux élections présidentielles, et encore davantage aux législatives, la participation des classes populaires est toujours plus ténue, ou contribue d'une poussée du Front second lieu, et contrairement à ce qu'en pense la doxa en place, l'État devrait plus que jamais assurer son rôle redistributeur. Tout d'abord en augmentant l'impôt sur les successions et en assurant la progressivité de l'impôt. Le manque à gagner représente plusieurs milliards de dollars – mais cet enseignement est aussi valable en Europe – et pourrait par exemple permettre de réinvestir dans l'éducation, la santé ou l'aide aux plus démunis. Par ailleurs, il devrait se montrer intransigeant envers les fraudes et pratiques vautours des banques, consistant à maximiser leurs profits en vendant des titres pourris aux ménages à bas revenus. C'est ce type de pratique qui a provoqué l'effondrement des titres à la veille de la crise de 2008, car ces titres ne valaient en fait rien. Le problème est que l'État indemnise systématiquement ces banques, ces dernières profitant de leur filet de sécurité car elles sont soit disant trop importantes pour faire faillite » too big to fail ». L'État, comme il l'a déjà fait par le passé, devrait laisser ces banques mourir pour envoyer un signal au monde dernier lieu, l'auteur expose une série de réformes urgentes pour améliorer la lutte contre les inégalités et exalter la croissance empêcher les sociétés financières de prendre des risques aux dépens des 99 % ; rendre les banques plus transparentes pour éviter qu'elles créent, selon l'expression de Warren Buffett, des armes financières de destruction massive » ; veiller à la concurrence bancaire pour empêcher les banques de trouver de nouveaux moyens de s'enrichir au détriment du consommateur et du commerçant ; limiter l'usure le prêt à des taux extrêmement élevés ; juguler les bonus qui encouragent la prise de risque ; et enfin, fermer les paradis fiscaux qui témoignent d'un refus de solidarité dans un contexte économique difficile pour tous. La France Insoumise le combat pour l'égalitéLes propositions du prix Nobel de l'économie se retrouvent donc assez largement dans le programme de la France Insoumise hausse des salaires et des pensions, mise au pas de la finance, création d'un véritable pôle public bancaire, lutte contre l'accumulation des richesses en instaurant un salaire maximum dans les entreprises 20 fois le salaire minimum de cette même entreprise, gratuité de l'enseignement universitaire et scolaire...L'égalité n'est pas donc simplement un mot ou une idée, c'est aussi un combat qui mérite d'être mené. Dans cette bataille pour le mieux-vivre, nous pouvons compter, entre-autre, sur les propositions de J. Stiglitz et sur la détermination des députés de la France Insoumise.
Expliquer comment les inégalités sociales portent atteinte à la cohésion sociale.- Définir précarité, pauvreté et exclusion. - Monter que l'exclusion est le résultat d'un processus.- Expliquer le lien entre processus d'exclusion et insertion sociale.- Analyser les conditions d'émergence d'un problème social et sa reconnaissance par la collectivité. I – Inégalités
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Latelier portera sur la cohésion sociale et la lutte contre la pauvreté. En effet, cet atelier examinera comment les Objectifs de développement durable de l’Agenda 2030 (ODD), ainsi que les cibles d'inclusion sociale et économique, sont conditionnées par la pauvreté, les inégalités et les relations de pouvoir. Nous tenterons d’aborder ces principaux obstacles afin de proposer
La cohésion sociale, un quasi-concept »1La notion de cohésion sociale est un quasi-concept, c’est-à-dire une construction mentale hybride que le jeu politique nous propose souvent, à la fois pour détecter des consensus possibles sur une lecture de la réalité et pour les forger. Ces constructions sont fondées, en partie, sur une analyse des situations, ce qui leur permet d’être relativement réalistes et de bénéficier de l’aura légitimatrice de la méthode scientifique ; mais elles conservent une indétermination qui les rend assez flexibles pour suivre les méandres de l’action politique. Cette indétermination explique qu’il soit si difficile de définir la cohésion sociale. 2Robert Castel en retrace la genèse dans les années 1830, lorsque le divorce est apparu quasi total entre un ordre juridico-politique fondé sur la reconnaissance des droits des citoyens et un ordre économique qui entraîne une misère et une démoralisation de masse. […] Ce hiatus entre l’organisation politique et le système économique permet de marquer, pour la première fois, la place du “social” se déployer dans cet entre-deux, restaurer et établir des liens qui n’obéissent ni à une logique strictement économique ni à une juridiction strictement politique » 1995, p. 18-19. 3Après les appels à la solidarité d’Émile Durkheim au tournant du siècle dernier, après la forte institutionnalisation de la lutte de classes qui se déploie dans une variété d’États-providence, surtout durant la seconde moitié du XXe siècle, on assiste, selon R. Castel, à la réapparition de catégories d’ inutiles au monde », de surnuméraires », de superfétatoires ». Leurs rangs se gonflent d’ailleurs fortement avec les perturbations des parcours de vie entraînées par la crise actuelle. Poser la question de la cohésion sociale, c’est donc également, nécessairement, poser celle de l’égalité dialectique entre liberté, égalité et solidarité4Alors que R. Castel insiste sur les oppositions droits/misère et État/économie, nous avons plutôt recours, dans nos analyses de la cohésion sociale, aux trois éléments de la devise de la Révolution française liberté, égalité et solidarité [1] Bernard, 1999. Dans le domaine socio-économique, la liberté se déploie principalement dans le marché, lieu de production principal des biens et des services, mais également mécanisme de production incessante d’inégalités. Pour réduire ces dernières et assurer qu’elles ne compromettent pas la cohésion sociale, l’État représente l’instrument privilégié, voire indispensable. Lui seul peut redistribuer les ressources grâce à la fiscalité et aux transferts, mais aussi grâce à sa capacité de régulation du marché. 5Cette action publique trouve toutefois ses limites quand elle ne fonctionne que sur le mode de la gestion bureaucratique des droits. Les États se tournent alors, comme relais de leur action, vers les communautés et les familles, qui viennent soutenir la solidarité parce qu’elles sont à la fois intéressées et compétentes dans l’action de terrain White, 2005. Les organisations communautaires sont également l’un des rares leviers à la disposition des populations démunies pour infléchir l’action distribution des ressources, si cruciale, comme le dit R. Castel, pour la cohésion sociale, est donc l’aboutissement du jeu de trois mécanismes?à la fois synergiques et contradictoires celui des prix dans le marché, celui des droits dans la sphère publique et celui de la réciprocité informelle et de l’action communautaire dans la sphère de proximité Bernard et al., 2007. Les principes de liberté, d’égalité et de solidarité sont ainsi en relation dialectique, et chaque société, à chaque époque, doit trouver sa propre façon de les articuler et de les mettre en différentes voies de la protection et de la cohésion sociale6Gøsta Esping-Andersen 1990 a proposé de regrouper les sociétés capitalistes avancées en trois régimes providentiels, chacun visant, à sa manière, à concilier développement économique et cohésion sociale. Le régime social-démocrate, dans les pays nordiques, met l’accent sur l’égalité, ce qui confère un rôle important à l’État et aux programmes sociaux universels pour forger l’identité sociale. Le régime libéral, dans les pays anglo-saxons, insiste davantage sur la liberté et fait des marchés l’institution clé. Le modèle de la débrouillardise self help est prédominant et ne s’accompagne que d’une aide ciblée et conditionnelle, accompagnée d’un appel aux solidarités privées pour assurer la cohésion sociale. 7Le régime conservateur, dans la plupart des pays d’Europe continentale, traduit le principe de solidarité en schèmes assuranciels fondés sur l’activité professionnelle et étendus à la famille. Cette dernière joue le rôle clé, particulièrement dans les pays social libéral, minimal, est-il devenu un lieu de convergence obligé ? Certains pensent qu’il y a effectivement une course vers l’abîme », que les États sociaux plus généreux, minés par l’accumulation des problèmes sociaux et par la fuite des capitaux devant l’effort fiscal, n’auront d’autre choix que de renoncer aux programmes publics par lesquels ils tentent de créer une cohésion sociale fondée sur une réduction des écarts engendrés par le marché. En fait, les études comparatives n’indiquent pas une telle convergence. 9Mais il est vrai que les régimes providentiels sont confrontés à un trilemme » selon Torben Iversen et Anne Wren 1998, ils ne peuvent atteindre à la fois l’emploi pour tous, la limitation des inégalités sociales et l’équilibre des finances publiques. Ainsi, le marché du travail du régime conservateur exclut de nombreuses catégories de travailleurs ; les dépenses sociales, surtout passives, y sont coûteuses. Le régime libéral présente, quant à lui, les inégalités les plus marquées. Mais les pays nordiques ont, jusqu’ici, largement échappé à ce trilemme » et maintenu une forte productivité en transformant leurs dépenses sociales en investissements sociaux. Ils visent à ce que les débours s’autofinancent à terme, sous forme de productivité accrue. Peter H. Lindert 2004 a montré que, de fait, le coût net des programmes sociaux est nul là où ils sont bien gérés, en particulier lorsqu’ils visent l’ activation » avoir le maximum d’individus qui travaillent et qui disposent pour cela, au fil de leur vie, de moyens de préserver leur santé, d’améliorer leurs qualifications, de concilier leurs responsabilités professionnelles et familiales Bernard et Boucher, 2007. 10Ces modèles de flexicurité » intéressent bien des pays, qui se tournent vers les dépenses actives en remplacement des prestations sociales habituelles. Les travaux de Julie Castonguay 2009, dans cinq pays, ont montré que ceux qui investissent dans la formation professionnelle et dans un suivi personnalisé de la recherche d’emploi obtiennent de meilleurs résultats que ceux qui misent principalement sur les dit, il est vrai que la notion d’investissement social est susceptible de bien des interprétations. Certains États visent le long terme et facilitent la conciliation entre les divers aspects du parcours de vie des individus. D’autres peuvent, au contraire, évoquer ce quasi-concept pour réduire les dépenses sociales aux minima immédiatement rentables du workfare Jenson et Saint-Martin, 2006.Cohésion sociale et développement humain11Les régimes providentiels et l’investissement social sont l’incarnation de valeurs autour desquelles les sociétés développées construisent, chacune à leur façon, leur identité et leur façon de résoudre les tensions dont parlait R. Castel entre économie et social. 12Les recherches montrent qu’en fait, on peut utiliser le développement social pour favoriser le développement économique. C’est là tout le sens de la notion de développement humain, issue de la pensée d’Amartya Sen, proposée par le Programme des Nations unies sur le développement Pnud et qui inspire de nombreux organismes internationaux Le développement humain […] repose sur la création d’un environnement au sein duquel les gens peuvent développer pleinement leur potentiel et mener des vies productives et créatives en accord avec leurs besoins et leurs intérêts. Les individus sont la vraie richesse des nations. […] Les capacités les plus fondamentales pour le développement humain consistent à mener des vies caractérisées par la longévité et la santé, l’accès au savoir, l’accès aux ressources nécessaires pour atteindre un niveau de vie décent et à être en mesure de prendre part à la vie de la communauté. Sans cela, […] de nombreuses opportunités dans la vie restent inaccessibles » Pnud, 2008, p. 1. Cet individualisme social » esquisse l’horizon actuel de la cohésion sociale. Note [1] Nous remplaçons le terme fraternité, qui peut connoter des relations entre personnes de sexe masculin seulement, par celui de solidarité. BibliographieBernard P., 1999, La cohésion sociale critique dialectique d’un quasi-concept », Lien social et politique – Riac, n° 41, printemps, p. ligneBernard P. et Boucher G., 2007, Institutional Competitiveness, Social Investment, and Welfare Regimes », Regulation and Governance, n° 13, p. ligneBernard P., Charafeddine R., Potvin L., Frohlich K. L., Daniel M. et Kestens Y., 2007, Health Inequalities and Place A Theoretical Conception of Neighbourhood », Social Science and Medicine, n° 659, p. R., 1995, Les métamorphoses de la question sociale une chronique du salariat, Paris, J., 2009, Benchmarking Carrots and Sticks Developing a Model for the Evaluation of Work-Based Employment Programs, Amsterdam University G., 1990, The Three Worlds of Welfare Capitalism, Princeton, Princeton University ligneIversen T. et Wren A., 1998, Equality, Employment and Budgetary Restraint? The Trilemma of the Service Economy », World Politics, n° 50, July, p. 507-546En ligneJenson J. et Saint-Martin D., 2006, Building Blocks for a New Social Architecture? The Lego™ Paradigm of an Active Society », Policy and Politics, n° 343, p. P. H., 2004, Growing Public Social Spending and Economic Growth Since the Eighteenth Century, Cambridge et New York, Cambridge University des Nations unies pour le développement Pnud, 2008, Le concept du développement humain », rapport sur le développement humain ; /devhumain/White D., 2005, State-Third Sector Partnership Frameworks From Administration to Participation », in Henman?P. et Fenger M. dir., Administering Welfare Reform International Transformations in Welfare Governance, Bristol, Policy Press.
Lesinégalités: Les inégalités entre les individus qui les compare peuvent dans certains cas détruire le socle de valeurs et de présentations du même coup, les fondements de cohésion. Le Plan Borloo: Le plan Borlo favorise la cohésion sociale car il consiste de vivre ensemble, vivre pour une réconciliation nationale entre les banlieues et centre villes
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Commentles inégalités sociales entament-elles la cohésion sociale en RDC . 899 Views. admin. 0 Shares. Share on Facebook; Share on Twitter
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1– L’exigence de justice au fondement de la cohésion sociale Toute la thèse de Durkheim dans De la division du travail social (1893) porte sur les dimensions sociales qui viennent compléter la simple division du travail smithienne pour produire de la cohésion. Pour Durkheim, l’échange marchand ne peut seul le permettre et
Une nouvelle étude du SPF Sécurité sociale confirme l’existence d’évolutions sociales très divergentes entre différents groupes de la population belge. Les analyses précédentes avaient déjà démontré que ces dernières années le risque de pauvreté chez les aînés avait diminué, alors qu’il avait fortement augmenté pour les personnes avec un faible niveau d’éducation au sein de la population active. La nouvelle analyse montre que les personnes faiblement qualifiées continuent de décrocher du marché du travail, à l’heure où les prestations sociales sont moins adéquates. Par ailleurs, les inégalités croissantes dans divers domaines continuent de menacer la cohésion sociale. Au vu de tous ces constats, il devient de plus en plus difficile de s’attendre à une évolution permettant d’atteindre l’objectif européen 2020 de réduction de la pauvreté et de l’exclusion sociale, et ce malgré l’évolution positive liée à la baisse du risque de pauvreté parmi les personnes âgées. Le Service public fédéral SPF Sécurité sociale suit l’évolution de la situation sociale sur base d’une série d’indicateurs sociaux européens. Le nouveau rapport The Evolution of the Social Situation and Social Protection in Belgium 2016 Increasing Divergences’ a été publié fin mai 2016. Ce rapport complète la mise à jour de l’évolution du risque de pauvreté sur base de l’enquête EU-SILC 2014 automne 2015. Les ajouts à cette nouvelle étude s’appuient, d’une part, sur une analyse plus approfondie des chiffres d’EU-SILC 2014 ainsi que sur les nouveaux chiffres de l’enquête européenne sur les forces de travail LFS-Labour Force Survey, et d’autre part, sur une série d’autres études récentes. Ce rapport a pour principal objectif de contextualiser et soutenir le suivi de l’objectif Europe 2020 portant sur la réduction du nombre de personnes en situation de pauvreté et d’exclusion sociale, plus spécifiquement dans le cadre du Programme National de Réforme PNR. Le taux d’occupation des personnes faiblement qualifiées continue de diminuer … Selon les chiffres récents de l’enquête européenne sur les forces de travail, le taux d’emploi global est, en 2015 aussi, resté à peu près au même niveau que les années précédentes 67,5%. Le taux d’emploi des personnes à faible niveau d’éducation a, par contre, continué de diminuer en 2015. Il était de 45%, contre 49% en 2007. Cette baisse est valable pour la Belgique dans son ensemble, mais aussi pour la Flandre 51% en 2015 contre 53% en 2010 et la Wallonie 40% en 2015 contre 44% en 2010. … alors que l’efficacité des prestations sociales pour les personnes d’âge actif a diminué Le pourcentage de personnes d’âge actif dont le revenu dépasse le seuil de risque de pauvreté grâce aux prestations sociales a diminué 48% en 2014 contre 56% en 2005. La forte augmentation du risque de pauvreté chez les personnes faiblement qualifiées s’explique par la baisse du taux d’emploi pour ce groupe et par la diminution de l’adéquation des prestations sociales. Ces tendances attirent l’attention sur le fait que limiter les allocations sociales ne permet pas, d’une part, d’améliorer le taux d’emploi des personnes faiblement qualifiées et, d’autre part, a un effet négatif sur leur niveau de vie. Les inégalités croissantes peuvent menacer la cohésion sociale L’analyse des indicateurs sociaux européens et de quelques autres études récentes montre que les signes de dégradation de la situation sociale sont de plus en plus nombreux. Outre les évolutions négatives du risque de pauvreté, du taux d’emploi des personnes faiblement qualifiées et de l’inadéquation des prestations sociales, qui ont déjà été citées, l’étude permet de dégager les constats suivants – Augmentation des reports de soins médicaux et dentaires, pour des raisons financières, en particulier parmi les groupes de la population aux revenus les plus faibles; – Forte inégalité sociale au niveau des performances scolaires. La Belgique étant considérée par l’OCDE et l’UNICEF comme mauvais élève’ en la matière – Performances moyennes à médiocres de la Belgique en matière d’inégalité entre enfants sur le plan du revenu, de l’état de santé auto-rapporté et de la satisfaction de la vie UNICEF – Mauvaise situation socioéconomique des migrants. La Belgique faisant, sur ce plan-là également, partie des moins bons élèves de l’UE. L’accumulation d’évolutions négatives pour certaines catégories sociales déjà fragilisées combinée aux fortes divergences socio-spatiales dans les grandes villes, représente un défi majeur pour le maintien à l’avenir de la cohésion sociale en Belgique. Plus d’infos ? L’analyse est consultable sur le site Internet du SPF Sécurité sociale Source SPF Sécurité Sociale
Dabord l’égalité , tous les individus sont égaux devant la loi et disposent des mêmes droits dont celui fondamental d’user de leurs libertés. Ensuite l’égalité , quelque soit l’origine sociale des individus, ils doivent avoir les mêmes chances que tous les autres de parvenir à toutes les situations sociales offertes.403 ERROR The Amazon CloudFront distribution is configured to block access from your country. We can't connect to the server for this app or website at this time. There might be too much traffic or a configuration error. Try again later, or contact the app or website owner. If you provide content to customers through CloudFront, you can find steps to troubleshoot and help prevent this error by reviewing the CloudFront documentation. Generated by cloudfront CloudFront Request ID n8PRkecJ3nSMsVXEFzybG2_4hgQ1_1fuuNhCThIE0tG62Sg1VlsALg==
Ceque les Trente Glorieuses ont fait à la lutte des classes : Comment expliquer le déclin des conflits traditionnels du travail ? Hypothèse principale : les Trente Glorieuses ont transformé le groupe ouvrier et donc la lutte des classes. On peut le montrer en repartant de deux analyses, celles de MARX et de MENDRAS. Coller le document 7. Révision : MARX : les conflits du travail
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Lafinalité de la nouvelle stratégie « 100% Lien social » de l’AFD, adoptée le 11 mars 2021, est de relayer dans ses opérations les orientations et priorités portées par la France (à travers le nouveau projet de loi relatif au développement solidaire et à la lutte contre les inégalités mondiales), mais aussi de faire écho au discours du président de la République qui
Le Parlement a définitivement adopté lundi 20 décembre, après un ultime vote de l'Assemblée, le projet de loi sur la cohésion sociale qui aborde à la fois l'emploi, le logement et l'égalité des chances. Les députés ont voté lundi par 23 voix contre 11 les conclusions de la commission mixte paritaire CMP, 14 députés et sénateurs sur ce texte, déjà adoptées par le Sénat jeudi dernier, ce qui vaut adoption définitive du texte par le Parlement. Comme en première lecture, l'UMP et l'UDF ont voté pour, le PS et le PCF contre. Parmi les mesures phares du volet emploi de ce projet de loi, figurent la création d'un "contrat d'avenir" destiné aux bénéficiaires de minima sociaux, la réforme de l'apprentissage et la fin du monopole de l'ANPE en matière de placement. Concernant le logement, le texte prévoit la construction de logements locatifs sociaux entre 2005 et 2009. Le projet de loi représente un engagement financier d'environ 15 milliards d'euros sur cinq ans. L'un des débats les plus sensibles aura porté sur un volet licenciement économique et droit au reclassement, ajouté au dernier moment par le gouvernement dans une lettre rectificative.
SOCIETELes inégalités nuisent gravement à la cohésion sociale Quand les inégalités sociales deviennent trop fortes, le sentiment d’appartenir à une même société risque-t-il de s’effriter ? Enquête en Belgique et dans le monde. Documents joints Les inégalités nuisent gravement à la cohésion sociale - pdf (PDF - 809.4 ko) Téléchargez l’analyse
Chapitre Problématiques sociales des situations de précarité aux ruptures Objectifs - Expliquer comment les inégalités sociales portent atteinte à la cohésion Définir précarité, pauvreté et Monter que l'exclusion est le résultat d'un Expliquer le lien entre processus d'exclusion et insertion Analyser les conditions d'émergence d'un problème social et sa reconnaissance par la collectivité. I – Inégalités sociales, pauvreté, précarité Comment définir ces notions ? INÉGALITÉS SOCIALES La Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen de 1789 commence par Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits ». La devise qui en découle Liberté, Egalité, Fraternité ». Egalité sociale = Avoir les mêmes droits dans une situation sociale. Exemple - L'égalité des sexes face à l'accès aux L'égalité de tous face à l'emploi pas de discrimination raciale.- L'égalité des chances. Inégalité sociales = Manquements de la vie collective à l'obligation d'assurer les mêmes droits. PRÉCARITÉ SOCIALE La précarité se définit comme un état d'instabilité sociale caractérisée par la perte d'une ou plusieurs sécurités permettant aux personnes et aux familles d'assumer leurs responsabilités élémentaires et de jouir de leurs droits fondamentaux. = résultat d'un enchaînement d'évènements, d'expériences et de ruptures qui conduisent à des situations de fragilisation économique, sociale et familiale. => Dans différents domaines le niveau d'étude, la CSP, le revenu, l'emploi, le logement, la famille, la santé ... PAUVRETE La pauvreté a de multiples aspects situation dans laquelle l'insuffisance des ressources matérielles mais aussi culturelles et sociales, ne permet pas de satisfaire les besoins individu, ménage est pauvre lorsque son niveau de vie est inférieur au SEUIL DE PAUVRETÉ défini monétairement Seuil de pauvreté = 50% du revenu médian*Seuil de pauvreté = 60% du revenu médian définition privilégiée en France *Revenu médian = revenu moyen au-delà duquel la moitié de la population française a un revenu plus élevé et au-delà duquel l'autre moitié a un revenu plus faible. =1730 euros/mois en 2013. En 2013, le seuil de pauvreté 60% pour une personne est de 977 euros = millions de personnes. Quels sont les effets ? Cohésion sociale = capacité d'une société à assurer le bien-être de tous ses membres en réduisant les disparités et en évitant la marginalisation. Or les inégalités sociales fragilisent les liens sociaux - Elles nuisent à la participation de tous dans la vie Elles créent dans la population un sentiment d'injustice sociale. => Elles portent atteinte à la cohésion sociale. La précarité et les Inégalités sociales Conséquences sur l'individu - Physiques moins de soins manque d'argent- Psychologiques dévalorisation de soi- Sociales perte du lien socialConséquences sur la société - Ex Révolte sociale II – Quels en sont les déterminants ? III – Qu'est-ce que le processus d'exclusion ? Comment le définir ? EXCLUSION SOCIALE =Est exclue la personne qui a vu les liens qui la rattachaient aux autre se rompre ... liens sociaux... et qui est mise à l'écart de la société par les sociale se caractérise par un cumul de difficultés sociales Pauvreté, échec scolaire, précarité de l'emploi, chômage ... Individu content↓ Processus de socialisation= Intégration par un groupe de pair↓ Processus d'exclusion= Exlusion et individu triste Quels sont les facteurs d'exclusion ? Exercice n°2 Problèmes de santé publique et problèmes sociaux sont-ils en lien ? Justifier. Selon l'OMS 1946 la santé est un état de complet bien-être physique, mental et social. Ainsi les problèmes de santé publique affectent le bien-être social et Une difficulté de santé publique peut accentuer un problème social les pathologies lourdes et invalidantes comme le cancer, le sida, les pathologies liées à l'alcoolisme limitent l'accès à l'emploi d'un nombre important de personnes et pénalisent ainsi leur bien-être Un problème social peut accentuer un problème sanitaire ex Les difficultés économiques crise économique pénalisent une majorité de personnes dans l'accès aux soins. On parle de médecine à deux vitesses », ceci renforce l'inégalité d'accès aux soins. IV – Comment la société reconnaît-elle un problème social ? Cette reconnaissance passe par La mesure de l'état social en France - Par les indicateurs sociaux- Données recueillies et analysées par un organisme l'Observatoire national de la pauvreté et de l'exclusion sociale. = BILAN ET ANALYSE DES PROBLÈMES sensibilisation de la société aux questions sociales - Appels lancés dans les médias par des personnalités- Manifestations sur les problèmes de logements, d'emploi ...- Journées nationales, européennes, mondiales = INFORMER ET INCITER A international des droits des femmes Une femme sur dix victime de violence conjugales [...] » La mise en place d'actions de lutte contre les difficultés sociales - Par différents acteurs partenaires dont L'EtatDes associations, ... = ACTION DES DÉCIDEURS POLITIQUES. Ministère de l'Egalité des Territoires et du LogementMinistère des affaires sociales et de la santéMinistère du Travail, de l'Emploi, de la Formation professionnelle et du dialogue socialLes Restaurants du C½urSecours CatholiqueTouche pas à mon pote SOS racisme Être utile contre les inégalités » étudiants solidaires Posted on Thursday, 11 May 2017 at 1236 PMEdited on Thursday, 11 May 2017 at 130 PM
Scienceset techniques sanitaires et sociales, série ST2S, enseignement de spécialité, classe de première, voie technologique. 5 Le module « Modes d’intervention en santé et action sociale » prolonge la réflexion engagée dans la partie « Santé, bien-ête et ohésion soiale » pa une appohe des difféents modes d’inte vention enDeuxième partie Inégalités, conflits et cohésion sociale la ... Pour fonctionner sur votre ordinateur, PC Patri exige une version du DOS égale ou supérieure à MS-DOS .... Un ordinateur compatible IBM de type 286 avec 1 Mo de mémoire et disque dur de 20 Mo pour une petite gestion du Patrimoine quelques centaines ... Ils sont rarement modifiés au cours de l' exercice. Part of the document Deuxième partie Inégalités, conflits et cohésion sociale la dynamique sociale Objectif comprendre les mutations sociales contemporaines dans les domaines de la stratification sociale, de la cohésion sociale et des conflits qui l'animent. Sous-partie 3 - Conflits et mobilisation sociale Objectif observer l'évolution des conflits qui accompagnent le changement social. Chapitre 10 - Changement social et mutation des formes et des fonctions du conflit social Objectif comprendre l'apparition de mouvements sociaux dans nos sociétés, l'évolution de leurs formes et de leur fonctions sociales. On va essayer de comprendre les conflits sociaux de nos jours. Avant de commencer leur étude, on va simplement circonscrire le champ de recherche. Mise en commun au tableau à partir d'exemples. Pour ce faire, vidéo présentant un panel de mobilisations. Quel est l'objectif de ces mouvements selon vous ? Leur point commun ? Quel est leur point commun dans les moyens qu'ils ont de remplir leur objectif ? Un mouvement social est une entreprise collective de protestation et de contestation visant à imposer des changements - d'une importance variable - dans la structure sociale et/ou politique par le recours fréquent - mais pas nécessairement exclusif - à des moyens non institutionnalisés » Chazel, 1992. Attention, le mouvement social est un cas particulier d'une action collective. L'action collective désigne l'entreprise collective visant au changement ou au statu quo. Maintenant qu'on a dit cela, on peut embrayer sur la question du conflit social. Finalement, quand voit-on le conflit social ? Quand il y a des mouvements sociaux. Donc on a quasiment tout le temps des conflits sociaux sous-jacents mais ils ne sont vraiment visibles qu'avec les mouvements sociaux. C'est pourquoi on va beaucoup assimiler les deux notions dans ce chapitre. Le conflit social a lieu lorsque différents groupes sociaux sont en opposition sur une question de société. Il n'est clairement visible qu'à condition que des mouvements sociaux, ou lorsqu'un mouvement social et l'organisation sociale en place, sont en opposition sur une question de société. Le mouvement social révèle les conflits sociaux. Maintenant que l'on a défini tout cela, on doit tout d'abord se poser une question toute simple comment les mouvements sociaux sont-ils possibles ? Comment expliquer l'existence de mobilisations, qui vont influer sur la vie politique, alors qu'il existe déjà des canaux légitimes d'expression des opinions politiques. On se posera alors trois questions D'où, trois questions - comment expliquer l'existence de mouvements sociaux ? I - quelle est l'évolution des formes des mouvements sociaux ? II - quels sont les rôles des conflits sociaux ? III I. D'où viennent les mouvements sociaux ? Dans un premier temps, on va chercher à essayer de trouver un point commun à tous les individus qui se mobilisent. Comment expliquer qu'à un moment donné du temps des individus cherchent, par des moyens non institutionnalisés, à modifier l'ordre social ? A. De la frustration individuelle à la frustration collective La première question que l'on va alors se poser est celle des raisons de la mobilisation. Pour quelles raisons des individus vont-ils organiser un mouvement social pour changer la société ? Très simplement, repartons de la vidéo déjà visionnée. Revenir sur les points communs. On constate que les mouvements sociaux sont tous motivés au départ par une sorte de frustration. Cette frustration est relative aux normes et aux valeurs des individus et découle d'une situation sociale qui ne correspond pas à leurs valeurs. Exemples - actifs qui considèrent qu'un contrat CPE est contraire aux valeurs de sécurité qu'ils associent à l'emploi. - catholiques qui considèrent que l'avortement est une pratique contraire à leurs valeurs religieuses. - salariés qui considèrent que la politique de l'entreprise est contraire à leurs valeurs de solidarité et de respect. - écologistes qui considèrent qu'un projet de construction de centrale nucléaire est contraire à leurs valeurs de protection de la nature. En effet, on peut se demander si la frustration relative suffit pour obtenir une mobilisation. Mais est-ce que la frustration relative est suffisante pour obtenir une mobilisation ? Pour cela, on peut se demander quelles sont les différentes réactions que l'on peut avoir face à la frustration. Non. Pourquoi cela ? C'est qu'il y a différentes attitudes que l'on peut adopter à partir de la frustration relative. Imaginons un jeu de rôle pour observer ce phénomène. Les élèves sont des employés de trois types un premier type 1ère colonne, ce sont des individus qui sont dans l'entreprise depuis longtemps, qui en sont très contents et qui ont l'habitude de faire confiance à ce que décide le patron ; un deuxième type 2ème colonne, ce sont des individus depuis peu dans l'entreprise et qui ont peu de perspectives extérieures, d'autres opportunités d'emploi ; un troisième type 3ème colonne, ce sont des individus qui sont dans l'entreprise depuis peu de temps et qui ont des perspectives extérieures importantes car bien diplômés, etc.. On imagine que l'employeur débarque - nous sommes tous à un comité d'entreprise - et annonce un gel des salaires. En raison des problèmes de l'entreprise, les salaires ne vont pas augmenter dans les deux prochaines années, ce qui rend impossible de compenser l'inflation. Cette situation entraîne de la frustration relative, plus ou moins importante, pour les différentes personnes. Comme dans d'autres comités d'entreprise, on demande maintenant à tous les participants de se prononcer sur la décision de l'employeur. Plus précisément, demander maintenant aux élèves de noter sur un petit bout de papier ce qu'ils font le lendemain du comité d'entreprise en réaction à cette décision. Pendant la mise en commun, noter les différents types de réaction pour dresser une typologie. Ce qui donnera le cours. Une typologie a été définie par Albert Hirschman 1970 dans son livre Défection, prise de parole et loyauté Exit, voice, loyalty pour décrire les différentes réactions à la frustration relative - on peut répondre à la frustration par la défection » exit elle consiste en un changement silencieux de situation, comme l'employé qui décide de démissionner. - par la prise de parole » voice elle consiste en une contestation visible visant le changement, comme l'employé qui décide de faire grève. - par la loyauté » loyalty elle consiste en l'acceptation résignée et silencieuse des sources de mécontentement, soit par grande confiance, soit par apathie exemple parfait de cela Stromae - Alors on danse. B. Le difficile passage de la frustration collective à la mobilisation collective Maintenant que l'on voit que la mobilisation n'est pas la seule réaction face au mécontentement, on peut aller plus loin dans le raisonnement. Quand tout le monde pourrait être incité à se mobiliser, est-ce que tout le monde va le faire ? N'y a-t-il pas des problèmes à la mobilisation elle-même alors que tous sont a priori conduits à se mobiliser ? Dans un cas où tous pourraient répondre par la mobilisation à une source de frustration relative, la mobilisation va-t-elle nécessairement avoir lieu ? La réponse est non comme le montre le paradoxe de l'action collective » ou phénomène de passager clandestin » défini par Mancur Olson Logique de l'action collective, 1966. Imaginons un autre jeu de rôles. Avant toute chose, demander à tous les élèves d'écrire un chiffre entre 1 et 100 au hasard sur leur cahier, dans un coin. Expliquons maintenant le contexte. Toute la classe fait partie d'une association de défense du système scolaire. Tout le monde est membre et tout le monde est motivé. Aujourd'hui, nous sommes à une réunion où l'on doit se mettre d'accord sur les actions à entreprendre pour contester les réformes actuelles du système scolaire. Sauf que réaliser une action prend du temps, coûte directement ou indirectement de l'argent, et que même des personnes de bonne volonté vont décliner la participation. Expliquons maintenant le chiffre. Tout le monde a envie de participer aux actions contre les réformes, tout le monde gagne à la réussite de l'action, mais d'autres éléments de leur vie interfèrent avec leur participation effective. On va faire l'hypothèse que l'on peut quantifier ce que chacun est prêt à mettre pour participer à l'action. Si quelqu'un a noté 1, c'est qu'il est prêt à consacrer l'équivalent de 1 euro pour agir contre les réformes ; si quelqu'un a noté 100, etc. A partir de maintenant, les élèves lèvent la main et ce qui apparaît est noté au tableau. Imaginons le cas où le coût de la participation serait de 100, qui participe ? De 75, qui participe ? De 50, qui participe ? De 25, qui participe ? De 5, qui participe ? Faisons maintenant le bilan de l'action. Y a-t-il toujours une mobilisation importante ? Non. Mais y gagnent-ils quand même ? Oui. Gagnent-ils plus ou moins que ceux qui ont participé ? Plus. Ont-ils bien fait finalement ? Oui. C'est comme un passager clandestin, ce qui crée un phénomène étrange. On peut un peu mieux exemplifier cette idée. Document 1 de la FD. Document 1 - Un exemple du phénomène du passager clandestin décrit par Mancur Ol Lesinégalités constituent une menace à la fois pour le bien-être, la cohésion sociale et la démocratie. Les inégalités mondiales – et particulièrement les différentiels importants de salaires et de pouvoir d’achat entre pays riches et pays pauvres – engendrent un modèle économique fondé sur ces mêmes inégalités.
1 Aucune question n’est plus naturellement politique que celle de l’inégalité. L’inégalité n’est-elle pas au cœur des interrogations éthiques les plus évidentes, celles qui motivent l’action collective ? La puissance publique ou, plus précisément, celui ou ceux qui la contrôlent ne disposent-ils pas des moyens légaux ou extra-légaux, dans le pire des cas, de la modifier ? 2 Mais, à la réflexion, le lien qui lie inégalités et politique est plus complexe que ce que suggère l’immédiateté du débat sur les valeurs à promouvoir et des programmes à choisir. Si le pouvoir politique peut agir sur l’inégalité, c’est donc que l’inégalité en découle et est seconde. Mais s’il y a débat politique récurrent, en particulier sur la question des inégalités, comme si cette question était une nouvelle toile de Pénélope, aussitôt défaite qu’elle s’élabore, n’est-ce pas que l’inégalité nourrit les conflits d’intérêt et les luttes politiques, et donc qu’elle est première ? 3 Sans même évoquer les multiples dimensions de l’inégalité, et les problèmes qui en découlent, on voit ainsi que la dialectique de l’inégalité et du politique n’a aucune raison de se résoudre simplement. 4 Avant donc de s’engager dans la voie des prescriptions et des prises de position, le temps de l’analyse s’impose. L’économie a fait des progrès spectaculaires, depuis les travaux fondateurs de Serge-Christophe Kolm [1] [1] et Anthony Atkinson [2], dans la compréhension de l’inégalité et la formation d’outils et de concepts propres à la description et à l’étude de l’inégalité. Mais pour avancer dans l’étude de la double causalité entre politique et inégalités, ceux-ci ne suffisent pas, car ils ne portent pas sur les modalités de la décision politique. 5 C’est à ce point que l’économie politique, entendue comme la théorie de la décision politique, peut s’avérer utile et ouvrir de nouvelles perspectives sur l’inégalité et l’enjeu des politiques publiques en matière de redistribution. 6 Cet article est consacré à la présentation d’études récentes significatives de cette recherche, afin d’en montrer l’intérêt et le potentiel. La première partie est consacrée à l’impact de l’inégalité sur le fait politique, tandis que la causalité inverse, qui va des institutions et des régimes politiques, est brièvement présentée dans la seconde partie. Inégalités, institutions et politiques publiques 7 Posons-nous la question suivante en quoi les inégalités conditionnent-elles le choix politique et, en particulier, le choix en matière de redistribution, c’est-à-dire le choix de modifier les inégalités elles-mêmes ? La théorie de l’électeur médian 8 La première réponse, la plus simple, est acquise en posant cette question dans le cadre du régime politique le plus simple, celui de la démocratie directe où la décision est prise à la majorité simple. Elle mobilise le concept et le théorème de l’électeur médian. 9 Le concept d’électeur médian est un concept fondateur de l’économie politique et a été très utilisé pour aborder l’inégalité et son impact sur les politiques publiques. Il remonte à Harold Hotelling [3] et Anthony Downs [4]. Le corps électoral est constitué d’électeurs qui diffèrent uniquement par leurs revenus. Rangeons-les en fonction de leurs revenus et admettons que leur utilité dépend de leur consommation privée, assurée par leur revenu net d’impôt, et d’un bien collectif, contrôlé par la puissance publique, financé par l’impôt. L’imposition est proportionnelle au revenu. Sous des conditions usuelles portant sur la fonction d’utilité, chaque individu aura un couple consommation/bien collectif préféré, en fonction de son revenu, ou encore un taux d’imposition préféré, puisque c’est, de fait, le taux d’imposition pratiqué qui décide du partage du revenu individuel entre consommation et bien collectif. Plus le taux d’imposition effectivement pratiqué différera du taux préféré par un agent, à la hausse ou à la baisse, plus son utilité diminuera. Les préférences des individus seront dites, en conséquence, unimodales. Remarquons, alors, que les modes de ces préférences en fonction des taux sont croissants avec les revenus. De cela, nous déduisons que le mode de l’électeur médian, celui dont le revenu est la médiane de la distribution des revenus, est le mode médian. La moitié des individus autres que le médian préfère un taux d’imposition plus élevé, tandis que l’autre moitié préfère un taux plus faible. 10 Admettons maintenant que les citoyens aient le choix entre deux partis politiques, qui font des propositions sur cette seule question de la fourniture du bien collectif, donc sur le taux d’imposition. Chacun des électeurs, du fait de l’unimodalité des préférences, choisira le taux le plus proche de celui qu’il préfère personnellement. Le parti présentant le taux d’imposition le plus proche du taux médian l’emporte, car au moins la moitié des électeurs le préfère à celui proposé par le parti plus extrême. En d’autres termes, il y a prime donnée au parti le plus centriste. 11 Faisons un pas de plus. Considérons que les deux partis en présence cherchent à accéder au pouvoir. C’est pour cela, après tout, que sont organisées les élections pour réguler l’accès au pouvoir de ceux qui le désirent. Dans ces conditions, chacun a intérêt à faire une proposition de taux la plus proche possible du taux préféré par l’agent médian. Au total, c’est l’électeur médian qui apparaît comme l’électeur privilégié par les partis politiques. Ainsi l’inégalité conditionne-t-elle la politique publique, par le biais du jeu électoral. 12 Passons maintenant à la question de la politique de redistribution et du choix politique en la matière et montrons comment le théorème de l’électeur médian peut être utilisé pour y répondre. Le modèle statique inégalités et redistribution 13 Cette réponse portant sur l’ampleur de la redistribution et, partant, sur la taille de l’État rejoint une des questions les plus constantes de la philosophie politique, celle de l’impact de la démocratie sur l’organisation sociale et les rapports sociaux. Cette question fut en particulier centrale au XIXe siècle, le siècle où la démocratie et ses exigences électorales s’imposaient graduellement et difficilement dans les pays de l’Europe de l’ouest et de l’Amérique du Nord [2]. Alexis de Tocqueville exprima parfaitement les dilemmes contemporains créés par l’extension du suffrage universel dans la mesure où l’élargissement du corps électoral et l’abaissement graduel du cens impliquaient d’intégrer dans ce corps des électeurs de plus en plus pauvres, ceux-ci n’utiliseraient-ils pas leur pouvoir électoral dans le sens d’une plus grande redistribution en leur faveur, au détriment des riches, des propriétaires et au risque ainsi de compromettre le dynamisme social et la prospérité ? En d’autres termes, la démocratie ne contient-elle pas une exigence de redistribution incoercible, un égalitarisme aussi absolu que mortel, car signifiant la fin de la société comme ensemble différencié et organisé, comme la nuée contient l’orage ? 14 L’économie politique a proposé une réponse rigoureuse à cette question et susceptible de soulager le pessimisme radical d’un Tocqueville sur une démocratie qu’il ne pouvait condamner, pour des raisons éthiques et politiques, mais dont il redoutait les effets pervers. À la suite de Allan H. Meltzer et Scott F. Richard [6], modifions le canevas très simple que nous venons d’exposer. Celui-ci supposait que les revenus individuels étaient donnés et, en conséquence, non affectés par le choix du taux de taxe choisi par le corps électoral. Imaginons maintenant que les agents disposent tous d’une même quantité de temps, qu’ils doivent allouer entre travail et loisir. Le bien-être d’un agent dépend de sa consommation et de son loisir. Les individus se différencient les uns des autres par leur productivité du travail. La taxation du produit du travail, proportionnelle, finance le versement d’un transfert forfaitaire, identique pour tous les individus. En conséquence, les agents les moins productifs à taux donné bénéficient relativement plus de la politique de redistribution que les agents les plus productifs. Plus encore, tous les agents dont le revenu est supérieur au revenu moyen sont perdants nets à l’impôt, car ils payent plus d’impôt qu’ils ne reçoivent de transfert. Mais la taxation, étant proportionnelle, est distorsive elle affecte le prix implicite du loisir en terme de consommation. Sous des hypothèses usuelles, plus un individu est productif, plus étant taxé il choisit le loisir. Aucun agent n’est protégé de ce mécanisme. Même le moins productif des agents, toutes choses égales par ailleurs, est négativement affecté par une hausse marginale du taux d’imposition celle-ci correspond à une moindre rémunération de son travail et l’incite à choisir plus de loisir. Ce dernier effet sert de frein à une hausse du taux d’imposition. Tout agent a un taux d’imposition préféré, qui est nécessairement inférieur à 1, même pour l’individu le moins productif et donc le plus pauvre. L’égalitarisme est impossible. 15 Complétons le raisonnement. Les taux d’imposition préférés par les agents sont fonction de leur productivité, et les préférences en matière de taux sont unimodales pour tous les individus. Plus un individu est pauvre, plus il souhaite un taux d’imposition élevé, car sa faible productivité le protège des effets distorsifs de l’imposition, tandis qu’il bénéficie relativement beaucoup des transferts. Le taux d’imposition préféré par l’agent à la productivité médiane est le taux d’imposition médian. 16 Ainsi, lorsque la décision de fixer le taux d’imposition est l’objet d’une compétition électorale, par le même mécanisme que précédemment, le taux qui prévaut est le taux médian, qui recueille une majorité simple des votes. Deux conséquences peuvent être tirées de ce modèle. La première est relative à la crainte exprimée par Tocqueville. La démocratie trouve en elle-même les limites à la puissance du suffrage universel. Parce que les électeurs ne peuvent s’affranchir pour eux-mêmes des lois qu’ils contribuent à voter, la tendance à la redistribution ne peut être poussée à ses limites logiques, l’égalitarisme absolu. La deuxième concerne la taille de l’État, qui eut au XXe siècle la même importance que la question de l’extension de la démocratie au siècle précédent. Le modèle de Meltzer et Richard offre une solution élégante à cette question l’ampleur des transferts, ici assimilé à l’importance relative de l’État, est fonction de la différence entre le revenu de l’électeur médian et le revenu moyen dans l’économie. Plus cette différence est grande, plus l’électeur médian bénéficie du transfert forfaitaire et souhaite donc un taux d’imposition élevé. Inégalités, redistribution et croissance 17 En 1993, Alberto Alesina et Dani Rodrick [7] ont proposé une extension dynamique intéressante de la construction de Meltzer et Richard qui est purement statique, de façon à poser ainsi la question de savoir si les inégalités sont favorables ou non à la croissance. Il s’agit là encore d’une question sensible. Derrière la formulation apparemment neutre de la question qui semble de l’ordre des faits, il y a un enjeu politique certain. Dans une logique libérale, on peut avancer que les inégalités sont la contrepartie de la croissance, car elles sont liées à des incitations fortes à travailler, à épargner ou à investir, et donc qu’une tentative de les réduire revient à brider la croissance. Dans une logique sociale-démocrate », on soutiendra que les inégalités sociales nuisent à la cohésion sociale, alors que celle-ci est, à moyen terme, la condition d’une croissance élevée. 18 Sur le plan des faits, la relation la plus fameuse entre inégalité des revenus et croissance est celle établie par Simon Kuznets en 1955. Celui-ci avance que la relation est non monotone. L’inégalité croît aux premiers stades de la croissance d’un pays, puis décroît avec la croissance lorsque le pays a atteint un certain niveau de richesse. 19 Sur le plan théorique, Alesina et Rodrick abordent la question des liens entre inégalités et croissance par le biais d’un modèle de croissance endogène très simple. Ces modèles ont en général une propriété qui est de montrer que les dépenses publiques à des fins productives peuvent affecter le taux de croissance à long terme d’une économie. 20 Dans ces conditions, il se crée un dilemme les prélèvements obligatoires doivent-ils être affectés au financement d’une politique de redistribution et de correction des inégalités, le cas échéant par des transferts forfaitaires, ou à des dépenses productives soutenant la croissance ? 21 Supposons que la décision se prenne à la majorité simple et se fasse aux débuts des temps ». Il s’agit donc de choisir le sentier des taux d’imposition et des dépenses publiques, et donc de choisir le sentier de croissance. Si les agents sont différenciés par des dotations initiales différentes, ils auront des opinions divergentes sur ces points. Par un raisonnement similaire à celui exposé plus haut, Alesina et Rodrick montrent que plus un agent est pauvre, plus il est favorable à une politique de redistribution au détriment d’une politique de soutien à la croissance. Parce que le théorème de l’électeur médian s’applique dans cette économie, la décision politique est celle préférée par l’électeur médian. En conséquence, plus la dotation initiale de celui-ci sera faible par rapport à la dotation moyenne, plus l’imposition sera lourde et affectée à la redistribution. En ce sens, purement théorique, l’inégalité nuit à la croissance. 22 Cependant, l’argument présenté est en fait contraire à l’argument social-démocrate rappelé plus haut, puisque l’impact négatif est dû à l’existence même de programmes redistributifs. 23 Alesina et Rodrick ont avancé des vérifications empiriques semblant valider leur théorie. Des études ultérieures ont abouti à des résultats contradictoires de sorte que le doute prévaut quant à la relation entre inégalités et croissance. C’était, d’une certaine façon, déjà le message préfiguré par la courbe de Kuznets tant de choses interfèrent dans cette relation, à commencer par le niveau de développement atteint par le pays, qu’il n’est pas étonnant qu’il soit impossible d’établir une relation claire et stable entre ces deux variables. Mais il n’est pas douteux que les politiques publiques, et donc le poids des facteurs proprement politiques, jouent un rôle de premier plan dans cette relation. 24 Hubert Kempf et Stéphane Rossignol [8] ont poursuivi dans cette ligne théorique pour étudier le lien entre protection de l’environnement et inégalité. Utilisant un modèle similaire à celui d’Alesina et Rodrick, où le dilemme se trouve entre dépenses publiques et dépenses de protection de l’environnement, ils montrent que l’inégalité est nuisible à l’environnement plus l’électeur médian est pauvre par rapport à la dotation initiale moyenne, plus il privilégie les dépenses publiques en faveur de la croissance, au détriment de la politique de protection de l’environnement. Ainsi, l’usage des outils de l’économie politique amène à réexaminer, sous un angle nouveau, des questions anciennes. Dans le cas d’espèce, il apparaît que l’étude de la politique environnementale ne peut se dissocier de ses implications sociales et politiques. Inégalités, hétérogénéité et redistribution 25 Les explications précédentes ont supposé une société homogène, sauf sur le point de la distribution des revenus. À l’évidence, c’est là une hypothèse extrêmement restrictive. L’observation la plus fruste ou superficielle des sociétés, tant contemporaines que passées, est que celles-ci sont des sociétés de sociétés », qu’elles sont segmentées, compartimentées en fonction des caractéristiques ethniques, des appartenances religieuses différentes ou des facteurs quasi institutionnels comme des attributs statutaires ou de rang. 26 Cette hétérogénéité se combine et interagit avec l’inégalité au point qu’il devient extrêmement difficile de repérer des liens de causalité. Sur le plan empirique, la corrélation entre le degré de segmentation ethnique d’une société et son degré d’inégalité, mesuré par le coefficient de Gini, est forte. Cela peut s’expliquer par diverses raisons. Par le biais de migrations, des ethnies aux capacités techniques ou productives différentes sont amenées à cohabiter sur le même territoire. Pour des raisons politiques, une ethnie domine l’autre et s’approprie des ressources plus productives, ou encore l’une est contrainte à n’exercer que des activités moins rémunératrices. Enfin, les moyens de la collectivité et les politiques publiques favorisent de façon disproportionnée une communauté dominante, renforçant ainsi sa domination. Par exemple, Oded Galor et Omer Moav [9] ont développé une théorie expliquant l’inégalité de long terme à l’appropriation initiale des moyens physiques. 27 Pour ce qui est des politiques publiques, la segmentation communautaire ou ethnique joue un rôle crucial. Associons le fait communautaire à un sentiment de solidarité entre les membres de la communauté et de destin commun. À distribution des revenus dans la société donnée, plus celle-ci sera divisée en communautés différentes, plus cette segmentation diminuera l’ampleur des politiques redistributives. Les individus seront d’autant plus réticents à ce que l’État assume des politiques de transfert qu’ils auront le sentiment que ces politiques serviront à des communautés autres que la leur. Cela peut s’expliquer par divers mécanismes. L’altruisme d’un individu est circonscrit aux membres de sa communauté ; les communautés ont des intérêts économiques ou politiques divergents voire opposés, et la politique de redistribution sert de façon disproportionnée une communauté plutôt qu’une autre, ce qui fait que la décision politique, par exemple à la majorité simple, conduit à une redistribution réduite. Enfin, il se peut que certaines ou toutes les communautés composant une nation aient leurs propres mécanismes de compensation des inégalités qu’elles connaissent en leur sein ; dans ces conditions, le support pour une politique de redistribution, à l’échelle de la nation tout entière, est faible. 28 Roberto Alesina, Reza Baqir et William Easterly [10] montrent ainsi, dans une analyse statistique très désagrégée de la société américaine, qu’aux États-Unis le facteur racial est une des causes qui expliquent la faible redistribution opérée par les programmes publics et le faible engagement pour des biens collectifs. Inégalités et décisions politiques 29 Le théorème de l’électeur médian s’applique dans un contexte politique particulier, celui où la décision politique est prise à la majorité simple, sans que les mécanismes institutionnels ou proprement politiques n’aient d’épaisseur. Si l’on prend en compte des mécanismes plus sophistiqués et/ou plus réalistes, l’inégalité prend une importance nouvelle. On pense, en particulier, à la capacité de se mobiliser et de faire pression sur la prise de décision politique. Faisant abstraction de la difficulté intrinsèque de former des groupes d’intérêt, les riches pèseront d’un poids plus grand que les pauvres par le biais de leur capacité à se mobiliser. Deux raisons à cela ils ont plus à perdre et ils peuvent mobiliser des ressources pour les activités de lobby plus élevées. 30 Si la théorie des groupes de pression s’est récemment développée d’un point de vue théorique, le lien n’a pourtant pas été fait avec l’inégalité des revenus ou des ressources. 31 Une autre voie par laquelle l’inégalité affecte la politique est par le biais de la corruption et du contournement des règles de droit. Edward Glaeser, José Scheinkman et Andrei Schleifer [11] ont proposé un modèle de corruption des juges. Le point saillant de leur modèle est que la corruption s’accroît avec l’inégalité dans la mesure où les ressources d’un individu conditionnent sa capacité à influencer la décision d’un juge. En cas d’égalité des ressources, la corruption ne se produit pas, car les parties d’un procès peuvent équilibrer leurs pressions sur le juge. En revanche, en cas d’inégalité, la capacité du plus riche d’infléchir la décision est nette. Cette thèse est confortée par l’étude empirique de Jong-Sung You et Sanjeev Khagram [12] qui trouvent une relation statistiquement significative entre inégalité et corruption. Inégalités et institutions 32 L’inégalité qui a la capacité à affaiblir l’État de droit et les institutions peut ainsi mettre en péril la démocratie elle-même. Empiriquement, il existe une corrélation nette entre la démocratie et l’inégalité. 95 % des pays plus égalitaires que la moyenne, en utilisant comme mesure de l’inégalité le coefficient de Gini, sont classés comme démocraties », mais seulement 75 % des pays ont un coefficient de Gini supérieur à la moyenne. 33 Le sens de la causalité, selon Stanley L. Engerman et Kenneth L. Sokoloff [13], va de l’inégalité à la démocratie. Sur des données de longue période multiséculaires, plus l’inégalité initiale est forte, moins la probabilité que s’établisse un régime démocratique est élevé. C’est aussi le sens des travaux de Daron Acemoglu et James Robinson [14]. Cela peut s’expliquer par plusieurs raisons, dont la manipulation des processus politiques et légaux par les classes les plus riches ou les secteurs économiques les plus efficaces. L’impact des institutions politiques sur les inégalités 34 Si les débats politiques courants et l’histoire politique nous montrent à l’envi que les considérations sociales jouent un rôle majeur dans les propositions partisanes et les programmes des gouvernements, il est moins évident d’identifier un lien de causalité inverse. Il se peut que les institutions politiques elles-mêmes façonnent les inégalités, et en particulier la distribution des revenus ou des opportunités. Cet impact, s’il existe, se fait sentir sur la longue période et par la succession des générations. Mais tant de mutations et de changements se produisent au cours du temps que le repérage d’un effet de causalité permanent et structurant est particulièrement difficile. De plus, comme nous venons de le voir, on peut avancer que l’inégalité elle-même modèle ou influence les formes du jeu politique et, en particulier, l’avènement de la démocratie. Le rôle de la démocratie ou de la dictature sur l’inégalité 35 L’idée que les structures politiques et les institutions façonnent l’organisation économique et sociale était, en fait, au cœur de la réflexion d’un Tocqueville. La démocratie politique, ou encore la passion pour la liberté, ne pouvait que couver une passion pour l’égalité, ou encore une démocratie sociale. 36 Tocqueville raisonne sur ce que nous appellerions de nos jours les préférences » collectives. Mais il est d’autres mécanismes plus simples qui peuvent faire le lien entre institutions et inégalités. 37 Il n’est, par exemple, pas vain de remarquer que les institutions démocratiques font que les gouvernements élus se préoccupent d’éducation et de formation. Soit pour des raisons idéologiques la démocratie requiert des citoyens capables d’intervenir dans le débat public et donc formés. Soit pour des raisons pragmatiques d’enrichissement le développement de la démocratie est indissociable du développement de l’économie marchande, et les élites qui gouvernent les deux processus partagent l’idée que la formation, la science et les techniques sont indispensables. Or l’éducation, en modifiant la structure des qualifications, modifie à terme la distribution des revenus. Il est difficile de savoir si c’est dans le sens d’une réduction des inégalités ou non. Selon les pays, les deux cas se sont succédé au cours du temps. Mais, en tout état de cause, il y a là un mécanisme de causalité important, qui lie institutions et inégalités. 38 Il faut mentionner, dans le même ordre d’idées, l’émergence du fait syndical et de la manifestation collective des salariés. Les syndicats ont, en général, eu une politique défavorable à l’accroissement des inégalités probablement parce que celles-ci vont de pair avec une individualisation des rémunérations qui rend plus difficile ou est même incompatible l’action collective, qui est la raison même des syndicats. La structure de la représentation syndicale, selon qu’elle est centralisée ou non, qu’elle est quasiment incorporée à l’appareil d’État, joue aussi un rôle sur la distribution des revenus. Mais cette tendance a pu avoir ses effets pervers et contribuer à accroître les inégalités par le biais des travailleurs rejetés pour une raison ou une autre de la protection syndicale chômeurs, salariés dans des secteurs non syndiqués, salariés au statut précaire, etc. 39 Enfin, se pose la question de l’impact de l’idéologie sur l’action politique en matière de redistribution. Le socle idéologique scandinave est très différent de celui qui structure la société américaine. Il en résulte des attitudes politiques très différentes à l’égard du bien-fondé d’une politique de redistribution. Mais il s’agit là d’un terrain, celui de la formation et de la propagation des valeurs, sur lequel l’économiste est bien mal armé pour avancer des explications probantes [3]. Le rôle des régimes politiques dans la distribution des revenus 40 Le régime politique, même au sein de la démocratie, s’avère avoir un impact sur les politiques de redistribution. Un système électoral majoritaire pousse les responsables politiques à se préoccuper plutôt de l’électeur médian, quitte à accorder une moindre importance aux extrêmes de la distribution c’est la fameuse protection de la classe moyenne ». Un régime électoral fondé sur la règle proportionnelle sera, lui, plutôt favorable aux politiques de transferts vers les pauvres étant plus nombreux, la distribution des revenus est biaisée, c’est là que se trouvent les réserves de voix les plus nombreuses [4]. De même, un régime politique à juridictions multiples, dans lequel les obstacles à la mobilité sont faibles, aura tendance, sous l’impact de la concurrence fiscale entre juridictions, à limiter l’ampleur de la redistribution les riches et les possesseurs de capital peuvent aisément échapper à l’impôt en migrant et en changeant de résidence. La fécondité de l’économie politique 41 La question sociale » se pose de nos jours dans des termes très différents de ceux utilisés au XIXe siècle. Le fait de l’industrialisation, nouveau, surprenant et difficilement compréhensible alors, est maintenant acquis. À bien des égards, la mondialisation, tant débattue actuellement, n’en est qu’un avatar qui ne requiert pas d’outils intellectuels ou théoriques très différents de ceux que nous possédons. 42 La question n’est plus celle de l’intégration dans le salariat de travailleurs venant d’une société paysanne, ce qui posait le problème de la pérennité du capitalisme. Ce qui fait plutôt problème, c’est la cohésion de sociétés toujours plus complexes et segmentées, en expansion continue et, à certains égards, rendues toujours plus fragiles du fait de cette complexité et de cette expansion. 43 Mais, dans un cas comme dans l’autre, l’inégalité est au cœur de la question de la cohésion sociale. Elle lui est intimement liée, car elle explique les tensions au sein 44 d’une société autant qu’elle en découle. À ce titre, elle est éminemment politique et ne peut être comprise sans que soient prises en compte des considérations de pouvoir. L’économie politique, parce qu’elle cherche à expliciter et à rendre compte des stratégies et des décisions des gouvernements et des partis politiques, est donc logiquement appelée à analyser ce nœud complexe. S’il n’est pas de résultat issu de cette approche qui puisse être tenu pour acquis, les études évoquées ici montrent, nous l’espérons, sa fécondité. // Notes [1] Les chiffres entre crochets renvoient à la bibliographie en fin d’article. [2] Sur l’histoire de la démocratie en France et des débats qu’elle a nourris, on consultera Pierre Rosanvallon [5]. [3] L’analyse de Yann Algan et Pierre Cahuc [15] est exemplaire des tentatives pour lier mentalités collectives, agencements institutionnels et politiques publiques, tout en utilisant les outils d’analyse usuels des économistes. [4] Cf. Torsten Persson et Guido Tabellini [16], Gian Maria Milesi-Feretti, Roberto Perotti, Massimo Rostagno [17]. [1]KOLM SERGE-CHRISTOPHE, The optimal production of social justice », in Guitton H. et Margolis J. sous la direction de, Économie publique, Paris, CNRS, 1968, p. 109-77.[2]ATKINSON ANTHONY, Economics of inequality, Oxford, Oxford University Press, ligne[3]HOTELLING HAROLD, Stability in competition », Economic Journal, 1929, vol. 39, p. 41-57.[4]DOWNS ANTHONY, An Economic Theory of Democracy, New York, Harper and Row, 1957.[5]ROSANVALLON PIERRE, Le Sacre du citoyen. Histoire du suffrage universel en France, Paris, Gallimard, 2001, coll. Folio Histoire ».En ligne[6]MELTZER ALLAN H., RICHARD SCOTT F., A rational theory of the size of government », Journal of Political Economy, 1981, vol. 89, p. ligne[7]ALESINA ALBERTO, RODRICK DANI, Distributive politics and economic growth », Quarterly Journal of Economics, 1993, vol. 109, p. ligne[8]KEMPF HUBERT, ROSSIGNOL STÉPHANE, Is inequality harmful for the environment ? », Economics and Politics, 2007, vol. 19, p. ligne[9]GALOR ODED, MOAV OMER, From physical to human capital inequality in the process of development », Review of Economic Studies, 2004, vol. 71, p. ligne[10]ALESINA ROBERTO, BAQIR REZA, EASTERLY WILLIAM, Public goods, and ethnic divisions », Quarterly Journal of Economics, 1999, vol. 114, p. ligne[11]GLAESER EDWARD, SCHEINKMAN JOSÉ, SCHLEIFER ANDREI, The injustice of inequality », Journal of Monetary Economics, 2003, vol. 50, p. 199-222.[12]YOU JONG-SUNG, KHAGRAM SANJEEV, Inequality and corruption », Hauser Center for Nonprofit Organizations, Harvard, Harvard University, 2004, wp. ligne[13]ENGERMAN STANLEY L., SOKOLOFF KENNETH L., Factor endowments, inequality and paths of development among new world economies », Economia, 2002, vol. 3, p. 41 ligne[14]ACEMOGLU DARON, ROBINSON JAMES, Economic Origins of Dictatorship and Democracy, Cambridge, Cambridge University Press, 2006.[15]ALGAN YANN, CAHUC PIERRE, La société de défiance comment le modèle social français s’autodétruit, Paris, CEPREMAP, 2007.[16]PERSSON TORSTEN, TABELLINI GUIDO, Is inequality harmful for growth », American Economic Review, 2003, vol. 84, p. 600- ligne[17]MILESI-FERETTI GIAN MARIA, PEROTTI ROBERTO, ROSTAGNO MASSIMO, Electoral rules and public spending », Quarterly Journal of Economics, 2002, vol. 117, p. 609-658.
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Sachantque les inégalités menacent le développement socioéconomique à long terme et peuvent alimenter la violence, les maladies et la dégradation de l’environnement, l’Objectif de 1Alors que l’ensemble des pays occidentaux a connu au cours des cinquante dernières années une très nette amélioration de l’état de santé de sa population, qui se traduit par exemple par l’allongement de l’espérance de vie ou le recul de certaines maladies, tous les individus n’en profitent pas également. Quels que soient les maladies, les populations ou les indicateurs considérés, on observe de grandes différences entre groupes sociaux. 2La plus marquante de ces inégalités est sans doute celle devant la mort. L’âge du décès est en effet lié à la fois au revenu, au diplôme et à la catégorie socioprofessionnelle à 35 ans, un ouvrier masculin a une espérance de vie inférieure de 7 ans à celle d’un cadre masculin [Monteil et Robert-Bobée, 2005]. La différence est de 3 ans pour les femmes. Ces disparités se retrouvent dans les différents facteurs de morbidité, c’est-à-dire dans l’ensemble des maladies – cancers et maladies cardio-vasculaires notamment –, tout comme dans la santé perçue c’est-à-dire jugée par les personnes elles-mêmes, et dans les accidents ou les handicaps, plus fréquents chez les plus pauvres. 3Parce qu’il s’agit d’un phénomène complexe à approcher, cet article tentera de faire une synthèse des études et des enjeux liés aux inégalités sociales devant la santé en se penchant plus particulièrement sur trois aspects. Il montrera d’abord que les inégalités de santé pèsent sur ceux qui ont la plus mauvaise situation économique et décrira la situation en matière de santé des personnes les plus pauvres. Puis il s’attachera à mettre en évidence le caractère véritablement clivant du milieu social à travers un exemple, celui de l’obésité. Enfin, il se penchera sur une des causes de ces inégalités sociales les différences de recours aux santé des plus défavorisés4Au-delà des différences en termes de mortalité, les inégalités de santé se manifestent par le fait que la probabilité de développer certaines maladies est inégalement répartie. L’enquête Santé réalisée en 2003 par l’Insee auprès de 40 000 personnes a ainsi montré que les individus vivant en dessous du seuil de pauvreté 1 sont plus nombreux à déclarer certaines pathologies, comme les maladies de l’appareil digestif et des troubles mentaux et du comportement. C’est en matière de problèmes dentaires que l’inégalité est la plus manifeste 11 % des pauvres souffrent de caries contre 6 % du reste de la population. Ils sont par ailleurs un peu plus nombreux à avoir une prothèse amovible ou un dentier, mais beaucoup moins à avoir une prothèse fixe de type couronne ou bridge 20 % contre 32 %, en raison du coût élevé de ces soins. 5Les pauvres sont également légèrement plus nombreux à souffrir d’asthme et à avoir des maladies infectieuses comme les bronchites ou la grippe ; ils déclarent plus souvent souffrir de maux de tête ; ils sont un peu plus nombreux 14,4 % contre 12,8 % pour le reste de la population à avoir connu au moins une hospitalisation au cours de l’année précédent l’enquête. 6Les inégalités face à la santé apparaissent de manière précoce les enfants des familles pauvres sont, comme leurs parents, en moins bonne santé. C’est à nouveau particulièrement vrai pour les problèmes de dents 6 % des enfants appartenant à un ménage pauvre ont des caries contre seulement 2 % des autres enfants. Le fait que ce soit précisément pour des soins onéreux, les soins dentaires, que les écarts sont les plus grands, pour les adultes comme les enfants, souligne l’importance des coûts dans la compréhension des pratiques de santé. 7Les inégalités de santé ne se limitent pas à la situation des plus pauvres. La probabilité de développer des pathologies diminue, pour la plupart d’entre elles, au fur et à mesure qu’on monte dans la hiérarchie sociale. Un des exemples les plus significatifs de ce phénomène est la situation vis-à-vis de l’ social et santé l’exemple de l’obésité8Suite à la très forte croissance en France de sa prévalence c’est-à-dire du nombre de personnes touchées depuis les années 1990, l’obésité constitue aujourd’hui un enjeu majeur de santé publique. Du point de vue médical, la prise de poids provient principalement d’un déséquilibre entre les apports alimentaires et les dépenses énergétiques, c’est-à-dire entre les calories qu’un individu ingère et celles qu’il dépense par son activité physique. Même si des facteurs génétiques entrent en jeu, la place des facteurs sociaux et environnementaux est déterminante. 9En 2003, 15 % des personnes sans diplôme ou ayant au plus le brevet des collèges étaient obèses en France, contre 5 % seulement des diplômés du supérieur. L’écart de 10 points a doublé entre 1981 et 2003, et il recouvre de fortes inégalités entre catégories socioprofessionnelles. C’est chez les agriculteurs que la proportion de personnes obèses est la plus élevée 16 % ; viennent ensuite les ouvriers 13 %, les artisans, commerçants et chefs d’entreprise 11 %, les employés 11 %, les professions intermédiaires 8 % et enfin les cadres et professions intellectuelles supérieures 6 %. Ces écarts ont tendance à se creuser. 10Les inégalités se retrouvent lorsque l’on fait porter l’analyse sur les niveaux de vie, mais les situations sont en réalité très différentes selon le genre les inégalités sont surtout marquées chez les femmes. La prévalence de l’obésité dans le premier quartile chez les 25 % des individus les moins riches est de 10 % pour les hommes et de 13 % pour les femmes, alors qu’elle est respectivement de 9 % et 6 % dans le dernier quartile 25 % des individus les plus riches. 11D’où ces différences proviennent-elles ? La première piste d’explication est celle des modes de vie, et en particulier des conditions de travail et de l’usage professionnel qui est fait du de vie et inégalités de santé12Le travail est en cause dans près d’un problème de santé sur cinq, et dans près d’un sur deux pour certaines affections comme les maux de dos ou de cou [Waltisperger, 2004]. La nature des tâches, l’exposition à des nuisances ou à des pollutions, les positions et les mouvements nécessaires à l’activité, notamment dans les professions les plus physiques, contribuent pour beaucoup à ces problèmes de santé. Les conditions de travail plus pénibles valent aux ouvriers de subir une double peine » [Cambois et al., 2008] non seulement leur espérance de vie est moins importante que celle des cadres, mais ils passent plus de temps qu’eux à souffrir d’incapacités et de handicaps. 13Par ailleurs, les situations précaires, en particulier le passage par des périodes de chômage, ont des conséquences sur la santé, qui rendent plus difficile encore le retour à l’emploi. Les risques de dépression sont accrus par une longue période de chômage ou des périodes de chômage récurrentes [Leroux et Morin, 2006]. De manière plus générale, on a observé en Europe que l’augmentation du taux de chômage s’accompagnait d’une détérioration de la santé publique, et notamment d’une augmentation des taux de mortalité une dizaine d’années plus tard [Brenner, 2002]. 14L’état de santé est aussi le fruit du mode de vie de l’individu et du groupe auquel il appartient. Nombreuses sont les pratiques, notamment corporelles, qui sont différenciées socialement. Les ouvriers fument en moyenne plus souvent que les cadres, les hommes plus que les femmes, les chômeurs plus que les actifs [Aliaga, 2001]. Si un cadre achète en moyenne 1,9 fois plus de medicaments prescrits qu’un ouvrier non qualifié [Auvrey et al., 2003], ce n’est pas seulement pour des raisons économiques, mais aussi parce qu’il n’a pas le même rapport à son corps. Les professions dans lesquelles le corps a un rôle plus instrumental tendent à survaloriser les capacités physiques et à être moins sensibles à la douleur ou à la fatigue [Boltanski, 1971]. Les inégalités face à la santé viennent ainsi également de différences de représentation, qui peuvent conduire les plus pauvres à moins s’intéresser à leur corps et à leur différences de recours aux soins15Les personnes vivant en dessous du seuil de pauvreté consultent moins souvent 18 % d’entre elles n’ont pas consulté de médecin généraliste en 2003 contre 15 % du reste de la population. L’écart se creuse pour les consultations de médecins spécialistes la moitié des pauvres n’ont pas consulté de spécialiste en 2003, alors que ce n’est le cas que de 39 % du reste de la population. 16Les plus pauvres sont par ailleurs moins nombreux à recourir à des pratiques de dépistage et de prévention. C’est le cas aussi bien pour les mammographies, que pour les frottis gynécologiques ou les recherches de sang dans les selles, qui permettent respectivement de détecter le cancer du sein, du col de l’utérus et du colon. En 2003, 34 % femmes de 40 ans et plus appartenant à des ménages pauvres n’avaient jamais effectué de mammographie, contre 19 % des autres femmes de plus de 40 ans. Constat identique pour les tests de dépistage de l’hépatite C et du VIH en 2003, 27 % des individus en dessous du seuil de pauvreté avaient déjà effectué un test de dépistage du VIH contre 36 % du reste de la population. Ces différences dans les pratiques de prévention sont essentielles, car elles risquent de continuer à creuser l’écart entre les plus défavorisés et le reste de la population. 17S’il existe bien des différences de rapport au corps et aux soins entre groupes sociaux, la contrainte financière qui pèse sur les plus pauvres est également pour beaucoup dans les inégalités de santé. 22 % des individus pauvres n’ont pas de complémentaire santé CMU complémentaire comprise alors que ce n’est le cas que de 7 % du reste de la population. Le recours aux soins revient plus cher à ces individus non couverts puisqu’ils ne sont remboursés que sur la base de la Sécurité sociale santé est l’une des dimensions de la vie pour lesquelles il existe encore aujourd’hui de fortes inégalités sociales dont certaines, comme c’est le cas pour l’obésité, ont tendance à s’accroître. Conséquences des inégalités économiques et sociales, les inégalités de santé contribuent en retour à accroître les difficultés des plus défavorisés. Une personne qui occupe un emploi a ainsi beaucoup plus de risques de devenir chômeur ou inactif si elle a des problèmes de santé [Jusot et al., 2007] le risque est multiplié par 4 pour les personnes souffrant d’une affection de longue durée et par 1,5 pour les personnes atteintes d’une maladie incapacitante. Le risque de chômage est, quant à lui, deux fois plus élevé chez les personnes qui jugent être en mauvaise santé que chez celles qui se déclarent en bonne santé. Les inégalités de santé sont ainsi à la fois produites par et productrices des inégalités économiques et C. 2001, Le tabac vingt ans d’usage et de consommation », Insee Première, n° 808, ligneBoltanski L. 1971, Les usages sociaux du corps », Revue Annales Économie Société Histoire, n°26, p. 205– M. H. 2002, Unemployment and public health in the European Union », Final Report to the European Commission, Directorate-General for Employment and Social Affairs, European Commission. En ligneCambois E., Laborde C., Robine 2008, La double peine » des ouvriers plus d’années d’incapacité au sein d’une vie plus courte », Population et sociétés, n°441, F., Khlat M., Rochereau T., Sermet C. 2007, Un mauvais état de santé accroît fortement le risque de devenir chômeur ou inactif », Questions d’économie de la santé, n° 125, I. et Morin T. 2006, Facteurs de risques et épisodes dépressifs en population générale », Études et résultats, n°545, C., Robert-Bobée I. 2005, Les différences sociales de mortalité en augmentation chez les hommes, stables chez les femmes », Insee Première, n° 1025, D. 2004, Le travail est rendu responsable d’un problème de santé sur cinq », Premières informations et premières synthèses, n° Dares.DansSociologie des inégalités, pages 151 à 192 En effet, les constats objectifs sur les « différences » enregistrées dans les principaux domaines de la vie sociale (les revenus, l’éducation, la santé, l’accès à l’emploi, etc.), issus le plus souvent de la statistique publique, ne sont que très rarement (voire jamais) directement appariées à des opinions sur la justice Comment promouvoir la santé dans un contexte marqué par les inégalités? Comment les prendre en compte et agir pour les réduire? Les inégalités sociales de santé ISS désignent les différences d'état de santé entre des groupes sociaux. C'est la distribution inéquitable et injuste des déterminants sociaux de santé logement, éducation, emploi... qui est à l'origine de ces inégalités de santé. Se mobiliser sur ce thème est donc une question de justice sociale. Cette formation vise à soutenir les intervenantes de terrain dans la mise en place de démarches de promotion de la santé adaptées à des groupes confrontés aux inégalités sociales de santé. Elle abordera notamment Les déterminants de santé Les représentations sociales et leur questionnement La littératie en santé La participation des personnes dans un groupe Les balises éthiques pour des animations santé Le choix et l'utilisation d'outils pédagogiques avec un groupe Cette formation est organisée dans le cadre du Projet Interreg Transfontalier COPROSEPAT Coopération transfrontalière en promotion de la santé et éducation du patient en milieu rural. Public Cette formation s’adresse aux professionnelles et relais intervenant directement auprès de groupes d'adultes insertion socioprofessionnelle, éducation permanente, alphabétisation, aide sociale, soins de santé... Informations pratiques Quand ? La formation aura lieu les 25 et 26 avril 2022, de 9h15 à 16h30 Où ? Observatoire de la Santé de la Province de Luxembourg, Rue du Carmel, 1 - 6900 Marloie Frais d'inscription formation gratuite mais inscription obligatoire Lunch offert Cette formation vous intéresse ? Inscriptions auprès de l'Observatoire de la santé de la Province de Luxembourg par courriel Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.. Pour plus d'informations sur la formation, vous pouvez contacter Charles-Henri Boeur Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.R5Rh.